Le groupe rebelle du M23 a annoncé, par voie de communiqué, la « remise » formelle de la ville stratégique d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, à la « communauté internationale ». Cette déclaration a été officialisée dans une lettre adressée au Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres. Le mouvement armé présente cette décision comme un geste de bonne volonté pour faciliter un règlement pacifique de la crise.
Selon le communiqué du M23, cette initiative vise à confier la sécurité des civils d’Uvira à une « organisation internationale neutre, légitime et reconnue ». Le groupe y affirme que ce geste démontre sa volonté de « respecter pleinement le cessez-le-feu en vigueur » et de soutenir une solution politique. Cette annonce fait suite à la prise de la ville le 10 décembre dernier et à un retrait annoncé une semaine plus tard, un repli que le groupe avait alors attribué à des pressions diplomatiques, notamment américaines.
Cette séquence s’inscrit dans un conflit récurrent qui ravage l’est de la République Démocratique du Congo depuis près de trois décennies. Le M23, réapparu fin 2021 après sa défaite militaire de 2013, a connu une progression spectaculaire en 2023, s’emparant de vastes territoires au Nord-Kivu avant d’étendre ses opérations au Sud-Kivu. Son offensive a exacerbé une crise humanitaire catastrophique, déplaçant des centaines de milliers de personnes et mettant en lumière les limites de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUSCO) et de la force régionale de l’EAC, dont le mandat a pris fin en décembre.
Les perspectives générées par cette annonce sont ambivalentes. D’un côté, elle pourrait ouvrir une fenêtre pour des pourparlers ou un désengagement localisé. De l’autre, elle place la communauté internationale, et l’ONU en particulier, dans une position délicate : accepter cette « remise » reviendrait à reconnaître implicitement l’autorité du M23 sur le territoire conquis. Cela pourrait créer un précédent dangereux et fragiliser davantage la souveraineté de l’État congolais, dont les forces armées (FARDC) peinent à reprendre l’initiative.
La réalité sur le terrain à Uvira reste nébuleuse. Alors que le M23 clame son retrait, des sources médiatiques et locales rapportaient, au moment des faits, que des éléments du groupe, notamment des policiers et des agents de renseignement, étaient restés en place. Cette situation illustre une tactique récurrente du mouvement : établir une administration parallèle et des faits accomplis dans les zones conquises, tout en maniant un discours de coopération pour la paix. Cette stratégie vise autant à légitimer son action qu’à diviser et déstabiliser ses adversaires.
L’efficacité de cette manœuvre dépendra de la réponse internationale. Le gouvernement congolais, qui qualifie le M23 de « terroristes » et dénonce le soutien du Rwanda au groupe, rejette toute négociation directe et exige un retrait inconditionnel. Dans ce contexte, l’« offre » du M23 ressemble moins à une capitulation qu’à un coup de poker politique. Elle cherche à tester la résolution de la communauté internationale et à faire peser sur elle la responsabilité de la sécurité, tout en consolidant les gains territoriaux du groupe en dehors du champ de bataille conventionnel.
Cette annonce survient dans un vide sécuritaire régional, après le départ des troupes de l’EAC. Elle met en exergue l’impasse totale dans laquelle se trouve l’est de la RDC. Alors qu’une nouvelle offensive des FARDC, soutenue par des partenaires variés incluant des groupes armés locaux et des instructeurs étrangers, se prépare, la « remise » d’Uvira apparaît comme une tentative du M23 de se repositionner en acteur responsable, afin de désarmer diplomatiquement ses opposants avant la reprise des combats. L’épisode confirme que la guerre dans l’Est se joue désormais autant sur le terrain médiatique et politique que militaire.



