Depuis la prise de Goma par le groupe rebelle M23 le 26 janvier 2025, la ville de plus d’un million d’habitants fait face à une grave perturbation économique. Les banques commerciales ont été fermées sur ordre des autorités de Kinshasa, privant les habitants d’accès aux services bancaires traditionnels. Les guichets des banques sont inaccessibles, et la rareté des devises a accentué la crise. Certains opérateurs économiques parviennent toutefois à effectuer des retraits via des distributeurs automatiques à l’étranger, notamment au Rwanda. Cependant, les dépôts et les retraits en agence sont désormais impossibles, ce qui pousse le M23 à envisager une alternative bancaire.
Pour répondre à cette situation, l’AFC/M23 a annoncé son intention de mettre en place une nouvelle structure financière sous le nom d’« Autorité de régulation du secteur économique, financier et des assurances ». D’après les informations de RFI, cette entité existe déjà sur le papier, et son rôle serait de fonctionner comme une banque centrale dans les zones contrôlées par le M23. Ce projet vise à rétablir un semblant d’ordre économique dans les régions sous contrôle rebelle en offrant une alternative aux services bancaires traditionnels. Le M23 cherche également à revitaliser la Cadeco, une institution financière publique congolaise, qu’il a prise en main en nommant une direction parallèle.
La République Démocratique du Congo (RDC) traverse une période de forte instabilité, marquée par l’occupation de plusieurs régions par des groupes armés, notamment le M23, soutenu par le Rwanda. Ce groupe a pris le contrôle de Goma dans un contexte de tensions régionales complexes, exacerbées par les rivalités entre la RDC et le Rwanda. Dans ce contexte de guerre, les autorités congolaises ont fermé les banques pour éviter le financement des rebelles et sécuriser les flux financiers. La création d’un système bancaire parallèle par le M23 vise à asseoir son pouvoir économique et à collecter des recettes fiscales dans les zones qu’il administre.
L’initiative de l’AFC/M23 rencontre cependant plusieurs obstacles techniques et juridiques majeurs. Selon des experts, l’absence de connexion avec les banques internationales, ainsi que les restrictions imposées par le Groupe d’Action Financière (GAFI) contre le blanchiment d’argent, compliquent la mise en œuvre de ce projet. L’isolement du M23 sur la scène internationale pourrait aggraver ces difficultés. En outre, la création d’une banque parallèle pourrait être perçue comme une tentative de légitimer le contrôle rebelle sur le territoire, ce qui risquerait de prolonger les sanctions économiques et diplomatiques contre le groupe.
La viabilité de ce projet financier dépendra en grande partie de l’isolement international du M23 et de la réaction des pays voisins. Les autorités du Kenya, du Rwanda et de l’Ouganda, qui sont déjà impliquées dans des discussions concernant la situation à l’Est de la RDC, pourraient jouer un rôle déterminant. Si ces pays acceptent de soutenir la création d’un tel système, il pourrait effectivement voir le jour. Cependant, la communauté internationale, notamment l’Union africaine et les Nations unies, pourrait intensifier la pression sur ces pays pour qu’ils ne collaborent pas avec une structure illégitime, exacerbant ainsi l’isolement du M23.
Les opérateurs économiques locaux se trouvent dans une situation de grande précarité. D’un côté, certains soutiennent l’initiative du M23, espérant une normalisation économique et une régularisation des flux financiers. D’un autre côté, de nombreux habitants craignent que la mise en place de ce système ne fasse qu’enfoncer la région dans une économie parallèle non régulée, avec des risques d’abus et de corruption. Selon des témoins, il est difficile pour les habitants de s’adapter à cette nouvelle réalité économique, où l’incertitude et la crise de liquidité dominent.
Si le M23 parvient à instaurer un système financier parallèle, cela marquerait une évolution significative dans la gestion des zones sous son contrôle. Toutefois, la réussite de ce projet dépendra non seulement de la réponse des acteurs régionaux mais aussi de la capacité du M23 à surmonter les obstacles économiques et diplomatiques. Dans tous les cas, la situation à Goma et dans l’Est de la RDC demeure très volatile, et l’avenir de ce projet financier reste incertain.