La République Démocratique du Congo (RDC) poursuit un projet ambitieux d’investissement dans la production de batteries pour véhicules électriques, un secteur stratégique pour l’exploitation de ses ressources naturelles, notamment le cuivre et le cobalt. Estimé à 30 milliards de dollars, ce projet pourrait transformer le pays en un acteur clé de la chaîne de valeur des batteries. Cependant, des évolutions récentes, notamment l’élection de Donald Trump et sa politique minière, remettent en question les perspectives de cette initiative conjointe entre la RDC, les États-Unis et la Zambie.
Fin mars 2025, la RDC a lancé les travaux d’aménagement d’une zone économique spéciale destinée à la production de précurseurs de batteries et de batteries elles-mêmes pour véhicules électriques. Le soutien des États-Unis, promis par un protocole d’accord signé en 2022, avait pour objectif d’accompagner cette initiative par une aide technique et financière. Ce soutien incluait des promesses de partenariats avec le secteur privé américain et un appui à la mise en place d’une chaîne de valeur intégrée pour la production de ces batteries, en collaboration avec la Zambie voisine, riche également en cobalt.
L’élection de Donald Trump en janvier 2025 a modifié les priorités stratégiques des États-Unis, en particulier en ce qui concerne les approvisionnements en minéraux critiques. En effet, l’administration Trump a pris des mesures visant à renforcer l’extraction et la production locale de ces matières premières aux États-Unis. Par la signature d’un décret, Washington a mobilisé des pouvoirs d’urgence pour accélérer la production domestique, mettant en avant les minéraux comme le cuivre, au détriment des segments en aval comme la production de batteries. Cette politique pourrait affecter directement les engagements américains dans le projet de batteries électriques en RDC.
Sous l’administration Trump, les États-Unis ont suspendu la distribution des fonds de l’Inflation Reduction Act (IRA) destinés à soutenir des projets internationaux, comme celui de la RDC, et reconsidèrent leur approche vis-à-vis des chaînes de valeur mondiales des batteries. L’objectif est désormais de privilégier le soutien à la production nationale de minéraux critiques. Cette évolution pourrait remettre en cause l’engagement de Washington dans le projet congolais, car les fonds prévus pour aider la RDC et la Zambie risquent de ne plus être alloués comme prévu initialement, redéfinissant ainsi les contours de la coopération tripartite entre les États-Unis, la RDC et la Zambie.
Malgré l’incertitude du soutien américain, la RDC ne compte pas uniquement sur les États-Unis pour la réalisation de son projet. D’autres partenaires, tels que la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations Unies et Afreximbank, sont également impliqués dans le financement et la faisabilité de l’initiative. Le ministre congolais de l’Industrie, Julien Paluku Kahongya, a récemment évoqué les résultats préliminaires de l’étude de faisabilité, soulignant l’énormité de l’investissement nécessaire, estimé à 30 milliards de dollars, et l’énorme potentiel économique de ce secteur, qui pourrait générer jusqu’à 7 000 milliards de dollars d’ici 2035-2040.
Le projet de batteries pour véhicules électriques en RDC présente un potentiel stratégique considérable pour le pays, mais son avenir dépendra fortement des évolutions géopolitiques et économiques. Les fluctuations de la politique américaine, les choix des investisseurs et l’engagement des autres partenaires internationaux seront des éléments déterminants pour l’avenir de ce secteur. D’ici 2035, la RDC pourrait devenir un pilier incontournable de la chaîne de valeur des batteries électriques, à condition que les incertitudes actuelles soient surmontées. Le temps dira si Kinshasa saura tirer parti des ressources naturelles du pays sans se laisser déstabiliser par les changements politiques mondiaux.