Le paysage minier mondial est au seuil d’une transformation majeure. Les géants anglo-australien Rio Tinto et suisse Glencore ont confirmé cette semaine être engagés dans des discussions préliminaires en vue d’une éventuelle fusion. Une telle opération, si elle aboutit, créerait le plus grand groupe minier de la planète, avec une capitalisation boursière combinée avoisinant les 207 milliards de dollars, selon les analystes.
Les échanges en cours restent exploratoires et aucune offre ferme n’a été formulée. Les deux entreprises insistent sur l’absence de certitude quant à l’issue des pourparlers. Selon les informations disponibles, le scénario privilégié consisterait en une acquisition de Glencore par Rio Tinto via un schéma d’arrangement juridique. Rio Tinto s’est fixé une date butoir, le 5 février 2026, pour annoncer soit une intention ferme de formuler une offre, soit son retrait définitif des discussions.
Ce rapprochement potentiel s’inscrit dans un contexte stratégique de course aux métaux critiques. La transition énergétique mondiale, gourmande en cuivre, cobalt, lithium et autres minerais essentiels à l’électrification, exacerbe la concurrence pour le contrôle des ressources. Face à une demande soutenue et des défis persistants sur l’offre, la consolidation apparaît comme une réponse logique pour les majors du secteur, leur permettant de mutualiser les investissements colossaux et de sécuriser des volumes de production. Cette dynamique est illustrée par les négociations parallèles entre Teck Resources et Anglo American pour créer un autre géant du cuivre.
Les implications d’une fusion réussie seraient profondes. Elle donnerait naissance à un acteur d’une puissance inédite, capable d’influencer les marchés mondiaux des matières premières. Cette concentration soulèvera inévitablement des questions de régulation et d’approbations antitrust de la part des autorités de plusieurs continents. Pour les deux groupes, l’enjeu est de débloquer une « création de valeur significative », selon l’analyse de Jefferies, tout en naviguant dans la complexité de l’intégration de portefeuilles immenses.
La dimension africaine de cette possible fusion est cruciale. Les portefeuilles des deux géants sont en partie complémentaires sur le continent. Glencore est un poids lourd du cuivre et du cobalt en République démocratique du Congo, avec des productions annuelles de centaines de milliers de tonnes. Rio Tinto, de son côté, est un acteur central du minerai de fer en Guinée avec le projet titanesque de Simandou, et est présent en Afrique du Sud et à Madagascar. Une fusion pourrait redéfinir la carte des investissements et de l’influence dans les bassins miniers africains.
Cette manœuvre intervient alors que Rio Tinto a annoncé fin 2025 un plan de recentrage stratégique visant à céder pour 5 à 10 milliards de dollars d’actifs non essentiels, pour se concentrer sur le fer, l’aluminium, le lithium et le cuivre. Une acquisition de Glencore, dont le cœur de métier est précisément le cuivre et le nickel, s’inscrirait parfaitement dans cette logique. L’industrie observe désormais avec une attention extrême la date du 5 février 2026, qui déterminera si le projet de création du plus grand mineur du monde passe à la phase supérieure ou s’efface devant les défis opérationnels et réglementaires.



