Une semaine après l’annonce des sanctions britanniques contre le Rwanda, liées à son implication présumée aux côtés du groupe rebelle M23 dans le conflit à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), Kigali monte au créneau. Le gouvernement rwandais exige que Londres honore le solde impayé de l’accord migratoire qui aurait permis le transfert de migrants illégaux du Royaume-Uni vers le Rwanda. Le montant restant à régler dépasse 61 millions d’euros, une somme qui fait l’objet d’une dispute entre les deux nations.
Le différend survient après que le Royaume-Uni ait décidé d’abandonner l’accord migratoire en 2024, lorsque le gouvernement travailliste a pris le pouvoir. Selon Yolande Makolo, la porte-parole du gouvernement rwandais, le Royaume-Uni avait assuré que le paiement final serait effectué sur la base de la bonne foi et de la confiance mutuelle entre les deux pays. Cependant, Kigali estime que Londres a rompu cet engagement en adoptant des sanctions contre le Rwanda, accusé de soutenir le M23 dans son combat contre l’armée congolaise, ce qui compromet la sécurité nationale du Rwanda.
Le projet de relocalisation des migrants, bien qu’ambitieux, avait été controversé dès son annonce. Le Royaume-Uni avait versé environ 280 millions d’euros au Rwanda avant de suspendre l’accord après l’élection du gouvernement travailliste, sans qu’aucun migrant n’ait été transféré. Cette somme a été perçue par Kigali comme une compensation pour l’accord abandonné, mais le paiement final, d’un peu plus de 61 millions d’euros, reste en suspens. Le Rwanda considère que cet abandon de projet ne justifie en aucun cas la rétention de cette somme, d’autant que les conditions de confiance établies entre les deux pays avaient été clairement définies.
Cette tension survient après la mise en place de sanctions britanniques contre le Rwanda, qualifiées de « punitives » par les autorités rwandaises. En réponse, Kigali a dénoncé ces mesures comme injustifiées et visant à entraver sa souveraineté. Le Canada, emboîtant le pas au Royaume-Uni, a aussi annoncé des sanctions contre le Rwanda, suspendant de nouvelles initiatives commerciales et les exportations de technologies et biens contrôlés. Ces décisions internationales ont encore alourdi la pression sur le Rwanda, qui se considère victime d’une politique de double standard et d’une pression diplomatique injustifiée.
Kigali reste ferme dans sa position et estime que Londres doit respecter ses engagements financiers, indépendamment des différends politiques et militaires qui empoisonnent les relations entre les deux nations. La demande de paiement du solde de l’accord migratoire s’inscrit dans une logique de préservation des intérêts économiques du Rwanda. Le pays considère que la non-application de l’accord migratoire a créé des pertes substantielles pour ses finances, et ce règlement final devrait compenser partiellement cet échec diplomatique et économique.
Les tensions entre le Rwanda et ses partenaires internationaux, notamment le Royaume-Uni et le Canada, sont loin d’être résolues. Si le Rwanda maintient sa position et insiste sur le respect des accords financiers, cela pourrait entraîner une escalade diplomatique et une intensification des sanctions. Dans le même temps, le gouvernement rwandais semble déterminé à défendre ses intérêts et sa souveraineté, tout en cherchant à minimiser l’impact de ces tensions sur ses relations commerciales et diplomatiques avec d’autres pays. Les mois à venir s’annoncent décisifs pour l’avenir de cet accord migratoire et pour la gestion des relations extérieures du Rwanda.