La Cour constitutionnelle de São Tomé-et-Principe a officiellement proclamé, mardi, la réélection du président sortant Carlos Vila Nova dès le premier tour de la présidentielle du 19 juillet. Avec 55,88 % des suffrages valablement exprimés, le chef de l’État sortant devance largement son principal adversaire, Nito de Abreu, et entame un second mandat de cinq ans, sans avoir besoin d’un second tour.
Sur les 56 574 votes jugés valides, Carlos Vila Nova, candidat indépendant, en a récolté 31 613, contre 23 457 pour Nito de Abreu, soutenu par l’Action démocratique indépendante (ADI). Les deux autres candidats, Mix João Bonfim et Eugénio Tiny, se partagent les miettes avec respectivement 1,59 % et 1,07 % des voix. La participation, elle, plafonne à environ 40 % des inscrits, un chiffre qui interroge sur la mobilisation des électeurs santoméens, habituellement plus assidus lors des scrutins présidentiels. La haute juridiction a acté ces résultats en application de l’article 14 de la loi électorale, qui accorde la victoire au premier tour à tout candidat réunissant la majorité absolue des suffrages valides.
Cette réélection express survient dans un climat politique singulier. Élu une première fois en 2021 avec le soutien de l’ADI, Carlos Vila Nova a fait cavalier seul cette année, après une rupture consommée avec son ancien parti. Le divorce remonte à la crise politique de 2025, qui a abouti au limogeage du Premier ministre Patrice Trovoada, figure de l’ADI et ancien allié du président. Ce bras de fer entre les institutions a profondément remodelé l’échiquier politique local, transformant Vila Nova en candidat sans étiquette, mais fort de la légitimité institutionnelle de sa charge. Loin d’affaiblir son score, cette stratégie lui a permis de capitaliser sur son bilan et d’incarner une stabilité au-dessus des partis, dans un archipel où les querelles de clocher rythment souvent la vie démocratique.
Le second mandat de Carlos Vila Nova s’ouvre sous le signe de l’urgence. L’abstention élevée, proche de 60 %, adresse un signal clair aux nouvelles autorités : une partie croissante de la population se détourne d’un jeu politique perçu comme élitiste et improductif. Sur le plan économique, les défis sont colossaux. São Tomé-et-Principe, pays insulaire dépendant de l’aide internationale et de la coopération pétrolière avec le Nigeria, attend des réformes structurelles pour sortir d’une stagnation chronique. Le président devra également gérer une Assemblée nationale fragmentée, où l’ADI conserve une influence non négligeable. Sans majorité claire, et après avoir rompu avec son propre camp, Vila Nova devra composer avec une opposition revigorée par ce scrutin, qui pourrait lui compliquer la tâche sur les réformes sensibles.
Du côté des observateurs, cette réélection précoce est perçue comme un gage de continuité, mais aussi comme un avertissement. La faiblesse du score de Nito de Abreu, pourtant donné favori par certains sondages, révèle une opposition mal organisée, incapable de capitaliser sur les tensions sociales des deux dernières années. En revanche, la performance de Vila Nova, bien que confortable, ne doit pas masquer l’érosion de sa base populaire depuis 2021. Dans les rues de la capitale, les avis sont partagés : certains saluent l’expérience du sortant, d’autres déplorent l’absence de débat de fond sur la cherté de la vie et la gestion des ressources maritimes. Le président de la Cour constitutionnelle a indiqué que les résultats seraient publiés au Journal officiel, conformément à l’article 160 de la loi électorale, scellant ainsi un processus qui, malgré les tensions, a été reconnu régulier par les missions d’observation présentes sur place.



