Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a fermement rejeté toute idée de restructuration de la dette publique du pays, une option pourtant évoquée par le Fonds monétaire international (FMI) et plusieurs experts économiques nationaux. Il affirme que l’endettement du Sénégal, pourtant évalué à un niveau alarmant de 132% du Produit intérieur brut (PIB) par le FMI, reste “viable” et que l’État honorera ses engagements.
Dans une déclaration sans ambiguïté, le chef du gouvernement a détaillé sa position, l’attribuant à une décision conjointe avec le président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Il a reconnu l’existence de difficultés budgétaires qualifiées de “presque catastrophiques”, un héritage selon lui de l’administration précédente. Cependant, Sonko mise sur un programme de rationalisation des dépenses et d’amélioration des recettes pour assurer le service de la dette sans recourir à une renégociation des termes avec les créanciers, malgré le fait qu’en 2026, près de 20% des recettes de l’État seront absorbées par le seul paiement des intérêts.
Ce rejet intervient dans un contexte de tensions avec le FMI. Fin octobre 2024, les discussions pour un nouveau programme d’aide financière, crucial pour soulager les finances publiques et rassurer les partenaires économiques du Sénégal, n’ont pas abouti. L’institution de Washington, qui formule régulièrement des recommandations aux pays endettés, considère souvent la restructuration comme un outil nécessaire pour rétablir la soutenabilité d’une dette lorsque son service étouffe l’économie et les investissements publics prioritaires.
La position inflexible du gouvernement ouvre une période d’incertitude. D’un côté, elle vise à affirmer une souveraineté économique et à éviter les conditionnalités strictes souvent liées à une restructuration supervisée par le FMI. De l’autre, elle expose le pays à des risques majeurs : la poursuite d’un effort budgétaire colossal pour le service de la dette pourrait contraindre les dépenses sociales et d’investissement, tandis que le blocage des discussions avec le FMI pourrait éroder la confiance des marchés financiers et compliquer l’accès à de nouveaux financements.
Des économistes sénégalais, en désaccord avec l’analyse gouvernementale, estiment que le niveau et le coût de la dette sont insoutenables à moyen terme. Ils alertent sur le fait que consacrer une part aussi massive des recettes aux intérêts prive l’État des marges de manœuvre nécessaires pour financer les promesses de campagne du pouvoir, comme la baisse du coût de la vie, les créations d’emplois ou les investissements dans l’éducation et la santé. Le débat porte donc moins sur la volonté de rembourser que sur l’opportunité d’alléger immédiatement la pression pour libérer des ressources destinées à la croissance.
La crédibilité de la stratégie alternative de Sonko reposera intégralement sur la capacité du gouvernement à générer rapidement des recettes supplémentaires et à réaliser des économies drastiques sans provoquer de tensions sociales. Les observateurs attendent maintenant les détails concrets du plan de rationalisation annoncé et surveilleront de près les prochaines négociations avec le FMI, qui reste un partenaire financier clé. La posture de fermeté de Dakar sera mise à l’épreuve dès les prochains échéances de remboursement et dans la réaction des investisseurs internationaux.



