Le sommet ordinaire des chefs d’État de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) s’ouvre ce lundi 17 août à Durban, sous présidence sud-africaine. Au cœur des discussions, la flambée de violence xénophobe qui a secoué la Nation arc-en-ciel en juin dernier, avec des manifestations ciblant des étrangers sans papiers et des rapatriements massifs. Ce sujet, brûlant, s’impose comme une priorité pour les seize pays membres, réunis pour la première fois depuis que Pretoria a pris les rênes de l’organisation, d’abord par intérim fin 2025 après le retrait de Madagascar, puis officiellement pour un an.
Il a reconnu avec franchise : « Nous sommes profondément inquiets et honteux de voir que, ces derniers mois, des ressortissants d’autres pays ont été victimes de discrimination et de mauvais traitements. » Il a appelé ses pairs à œuvrer ensemble pour bâtir « une région où les personnes se déplacent par choix, et non par désespoir ». Ses propos, rares dans leur fermeté, traduisent l’urgence de trouver une réponse collective à un phénomène qui fragilise la cohésion régionale.
L’Afrique du Sud, première puissance économique du continent, attire des travailleurs venus du Zimbabwe, du Malawi, de la RDC ou du Lesotho, fuyant la pauvreté ou l’insécurité. Mais les crises sociales récurrentes, le chômage endémique et les inégalités criantes alimentent un ressentiment populaire contre ces « boucs émissaires » étrangers. Déjà en 2008 et 2015, des violences xénophobes avaient éclaté, sans que la SADC ne parvienne à instaurer un cadre contraignant pour protéger les migrants ou réguler les flux. Ce passé pèse sur les débats de Durban.
L’épidémie d’Ebola qui progresse dans l’est de la RDC requiert une coordination sanitaire urgente, alors que les capacités locales sont dépassées. La transition malgache, toujours fragile après le retrait surprise de l’île de la SADC, sera scrutée. Surtout, les observateurs de la mission régionale en Zambie ont exprimé des inquiétudes sur le processus électoral, alors que la commission nationale publie au compte-gouttes les résultats circonscription par circonscription. Une proclamation contestée pourrait enflammer la sous-région.
Les ministres ont déjà préparé le terrain lors de leur réunion en fin de semaine dernière, en évoquant des mécanismes de surveillance des mouvements migratoires et des fonds d’indemnisation pour les victimes de violences. Mais les positions divergent entre pays d’origine, qui réclament des garanties pour leurs ressortissants, et l’Afrique du Sud, qui peine à contrôler ses frontières et à apaiser sa rue. Des sources diplomatiques évoquent un possible accord-cadre sur la mobilité professionnelle, sans grand espoir de le voir appliqué avant plusieurs années.
Sur le terrain, les associations de défense des droits humains pressent la SADC d’adopter une approche non sécuritaire, en liant migration et développement. « Tant que des jeunes Sud-Africains chôment tandis que des étrangers acceptent des salaires de misère, la poudrière restera intacte », analyse un responsable d’ONG basé à Johannesburg. À Durban, la société civile suit de près les déclarations officielles, sceptique face à des promesses qui, par le passé, sont restées lettre morte. La réussite de ce sommet se mesurera donc à l’aune des actes concrets, pas des seules condoléances.



