Réunis à Bichkek pour le 25e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), les dirigeants russe, chinois, iranien, indien et pakistanais entendent afficher leur volonté de renforcer un ordre international multipolaire. Pour le président iranien Massoud Pezeshkian, le rendez-vous revêt une importance particulière. Téhéran cherche à consolider l’appui de Moscou et de Pékin face aux pressions exercées par Washington et à conforter son ancrage au sein d’un bloc de puissances non occidentales.
Avant même l’ouverture officielle du sommet, Massoud Pezeshkian a multiplié les entretiens bilatéraux. Le dirigeant iranien a notamment rencontré le Premier ministre indien Narendra Modi et doit s’entretenir avec Vladimir Poutine et Xi Jinping. Ces rencontres doivent permettre à Téhéran de mesurer le soutien politique dont il peut bénéficier auprès de ses principaux partenaires asiatiques. Elles interviennent alors que l’Iran cherche à limiter son isolement diplomatique et à approfondir ses relations économiques et stratégiques avec les membres de l’OCS.
Vladimir Poutine profite lui aussi du sommet pour démontrer que la Russie conserve un réseau de partenaires malgré son isolement vis-à-vis d’une grande partie des pays occidentaux. Plusieurs rencontres bilatérales figurent à son programme. Avec Xi Jinping, le président russe doit notamment discuter du développement des relations énergétiques entre Moscou et Pékin, dont le projet de gazoduc reliant les deux pays. Poutine doit également rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan, tandis que la question ukrainienne reste au centre des échanges diplomatiques impliquant la Russie.
Pour l’Iran, le partenariat avec la Russie dépasse largement les circonstances du sommet. Les deux pays ont développé leur coopération dans plusieurs secteurs, notamment le militaire, le nucléaire civil et le spatial. Ils partagent surtout une volonté de réduire leur dépendance envers les puissances occidentales et les institutions dominées par celles-ci. Téhéran cherche ainsi à inscrire durablement Moscou dans un environnement stratégique susceptible de contrebalancer l’influence américaine, même si les intérêts russes et iraniens ne coïncident pas systématiquement.
La stratégie iranienne ne se limite pas au Moyen-Orient. Téhéran accorde une importance particulière au maintien de l’influence russe en Asie centrale et dans le Caucase du Sud, deux régions où l’équilibre des puissances évolue rapidement. Depuis la disparition de l’Union soviétique en 1991, l’Iran a composé avec la prépondérance russe dans cet espace pour préserver ses propres intérêts. La progression de l’influence turque et occidentale y est donc observée avec attention par les autorités iraniennes, qui redoutent une recomposition susceptible de réduire leur marge de manœuvre.
Cette équation est devenue plus complexe avec la montée en puissance de la Chine. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pékin renforce son poids économique et diplomatique en Asie centrale, profitant en partie de la concentration des ressources russes sur le front européen. Les échanges commerciaux entre la Chine et les pays de la région ont dépassé les 100 milliards de dollars l’an dernier, selon les données citées dans le texte d’origine. Le sommet de Bichkek illustre ainsi une réalité plus nuancée qu’un simple front commun contre Washington : derrière l’affichage d’unité de l’OCS se dessine également une compétition entre Moscou, Pékin, Ankara et Téhéran pour peser sur un espace stratégique en pleine recomposition.



