Le Soudan franchit ce vendredi le cap des 1 000 jours d’une guerre civile dévastatrice. Ce conflit, opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), a précipité le pays dans la pire crise humanitaire actuelle sur la planète, selon les Nations unies. Le bilan est cataclysmique : des dizaines de milliers de morts, une économie anéantie et des infrastructures vitales systématiquement détruites.
Les chiffres de l’ONU témoignent de l’ampleur du désastre. Plus de 13,6 millions de personnes, soit près d’un Soudanais sur trois, ont été contraintes de fuir leur foyer. Parmi elles, 9,3 millions sont déplacées à l’intérieur du pays et plus de 4,3 millions se sont réfugiées à l’étranger, mettant sous tension extrême les pays voisins comme le Tchad ou le Soudan du Sud. Parallèlement, plus de 21 millions de personnes, soit la moitié de la population, souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, une situation qualifiée de « plus grave crise alimentaire au monde ».
Cette guerre trouve ses racines dans la rivalité mortelle entre deux généraux autrefois alliés : le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhane, et le commandant des FSR, Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Après avoir orchestré ensemble un coup d’État en 2021, leur lutte pour le pouvoir a éclaté en avril 2023, transformant les rues de Khartoum en champs de bataille et ravivant les violences ethniques au Darfour et au Kordofan. Le conflit a réduit à néant une transition démocratique déjà fragile et plongé la nation dans le chaos.
Les perspectives sont sombres. Malgré quelques tentatives de médiation internationales, aucun processus de paix crédible n’émerge. Les combats, qui se sont étendus géographiquement, pourraient s’enliser davantage. La famine menace officiellement de vastes régions, notamment le Darfour, où l’accès humanitaire reste extrêmement limité. À moyen terme, la fragmentation du pays et l’enracinement de milices armées laissent craindre une instabilité chronique et une contagion du conflit dans une région déjà volatile.
La population civile paie le prix le plus exorbitant. Les enfants sont en première ligne, avec près de 5 000 nouveaux déplacés chaque jour depuis le début de la guerre, souvent victimes de violences et de séparations familiales. Les violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre, sont généralisées, touchant principalement les femmes et les filles. Les ménages dirigés par des femmes sont trois fois plus susceptibles de souffrir de la faim, selon l’ONU.
Face à cette catastrophe, la réponse humanitaire est dramatiquement sous-financée et entravée. En 2023, seulement 36% des fonds nécessaires ont été couverts par la communauté internationale. Les travailleurs humanitaires font face à des obstacles logistiques immenses, à l’insécurité et à des blocages bureaucratiques délibérés des belligérants. Les organisations onusiennes lancent un appel pressant pour un cessez-le-feu immédiat, un respect du droit international humanitaire et un accès sans entrave aux populations assiégées, avant que la crise ne franchisse un point de non-retour.



