L’Organisation mondiale de la santé a annoncé samedi un bilan provisoire de 69 morts et 89 blessés à la suite d’une attaque contre un établissement de santé au Darfour. Selon l’agence onusienne, l’assaut a été mené avec des armes lourdes, visant non seulement les infrastructures mais aussi le personnel médical, les patients et les stocks de fournitures. Il s’agit de l’un des bilans les plus meurtriers recensés depuis le début du conflit contre un site sanitaire.
L’ONG Emergency Lawyers, qui documente le conflit soudanais, a identifié la cible comme étant l’hôpital universitaire d’El‑Daein, dans la partie orientale de la région du Darfour. Le bureau humanitaire des Nations unies au Soudan avait déjà fait état d’une attaque survenue la veille, décrivant des dizaines de victimes, dont des enfants. Aucune des parties belligérantes n’a revendiqué officiellement l’opération, mais le recours à des armes lourdes suggère une frappe délibérée contre une structure pourtant protégée par le droit international humanitaire.
Depuis avril 2023, le Soudan est livré à une guerre ouverte entre l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al‑Burhane, et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammed Hamdan Daglo. Le Darfour, terreau historique de conflits intercommunautaires et de violences de masse, est redevenu un épicentre des hostilités, avec des exactions régulièrement documentées contre les civils. Dans ce chaos, les infrastructures médicales sont devenues des cibles récurrentes, malgré les condamnations répétées des agences onusiennes et des organisations humanitaires.
Avec ce nouveau massacre, la communauté internationale se trouve confrontée à l’impuissance d’une médiation toujours enlisée. Aucun des mécanismes de suivi des cessez‑le‑feu, y compris sous l’égide de l’Union africaine et de l’Igad, n’a jusqu’ici réussi à imposer un arrêt durable des combats. Les hôpitaux encore fonctionnels, déjà étranglés par le manque de médicaments et de personnel, pourraient devenir des cibles de plus en plus systématiques, accélérant l’effondrement d’un système de santé déjà exsangue.
L’attaque contre l’hôpital universitaire d’El‑Daein s’inscrit dans une stratégie de guerre qui fait de l’asphyxie sanitaire une arme. Depuis le début du conflit, plus de 80 % des établissements de santé des zones de combat ont été partiellement ou totalement endommagés, selon les estimations d’ONG locales. Les témoignages recueillis par les humanitaires évoquent des blessés achevés dans les salles de soins ou des médecins contraints d’opérer sans anesthésiant, dans un climat de terreur où le statut de civil ne semble plus offrir aucune protection.
Cette frappe révèle surtout l’impunité structurelle dont jouissent les deux camps dans leur rapport aux normes humanitaires. L’absence de sanctions ciblées crédibles, alliée à la paralysie du Conseil de sécurité des Nations unies sur le dossier soudanais, envoie un signal désastreux aux belligérants. Pour les populations du Darfour, qui n’ont pas oublié les atrocités des années 2000, ce nouvel épisode confirme que la communauté internationale n’a toujours pas les moyens, ni peut‑être la volonté, d’empêcher que les hôpitaux deviennent des lignes de front.



