Les investissements dans la technologie africaine ont connu un rebond significatif en 2025, avec 4,1 milliards de dollars levés, soit une augmentation de 25% par rapport à l’année précédente. Ce chiffre, tiré du rapport annuel de Partech, marque la fin apparente de la période de contraction sévère enclenchée en 2023. Cependant, cette reprise masque une transformation profonde et durable de la nature du financement, caractérisée par une prudence accrue, une montée en puissance des instruments de dette et une concentration extrême des capitaux.
La caractéristique principale de ce rebond réside dans la composition des fonds levés. Pour la première fois, la dette représente une part massive de 41% du total, soit 1,6 milliard de dollars, en progression de 63%. Ce basculement historique indique qu’un noyau de start-up a atteint une maturité suffisante pour accéder à des financements non dilutifs, tout en reflétant une nouvelle discipline du marché. Parallèlement, le financement par capitaux propres (equity), bien qu’en légère hausse à 2,4 milliards de dollars, se resserre drastiquement autour d’entreprises déjà éprouvées, capables de démontrer une traction commerciale claire et une voie crédible vers la rentabilité.
Cette évolution s’inscrit dans le sillage du “grand resserrement” mondial de 2023-2024, qui a mis un coup d’arrêt brutal à une décennie d’euphorie et de capital facile dans la tech mondiale. En Afrique, la correction a été sévère, entraînant une chute des valorisations, une rationalisation des effectifs et la disparition de nombreux acteurs fragiles. Le marché actuel est le produit direct de cette crise : les investisseurs, brûlés par des paris trop spéculatifs, exigent désormais des fondamentaux solides, tandis que les fondateurs, plus avisés, cherchent à préserver leur capital et leur contrôle.
Les perspectives à moyen terme semblent acter cette nouvelle norme. Un marché à deux vitesses devrait se consolider, avec une concentration persistante des capitaux dans quelques hubs (Kenya, Afrique du Sud, Nigeria, Égypte) et sur les entreprises en phase de croissance avérée (Séries A, B). La pression devrait rester forte sur le financement des phases amont (seed), et la dette continuera probablement à gagner du terrain comme outil de levier pour les champions en devenir. Cette rigueur, bien que freinant l’expérimentation à grande échelle, pourrait forger un écosystème globalement plus résilient et moins dépendant des cycles de capitaux-risque internationaux.
La reprise reste géographiquement très polarisée. Le Kenya, l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte absorbent à eux seuls 72% du total des fonds. Le Kenya se distingue par les volumes les plus importants (1,04 milliard de dollars), largement portés par de gros tours de dette. L’Afrique du Sud opère un retour remarqué en tête du classement equity, signe d’un écosystème mature générant un flux régulier de transactions. En dehors de ces quatre pôles et de quelques pays comme le Sénégal, le Maroc et le Ghana, l’accès au capital reste ténu pour la majorité du continent, soulignant le défi persistant de l’inclusion financière pour l’innovation.
Un autre signal encourageant est la diversification sectorielle en cours. Si la fintech demeure le secteur leader, son hégémonie s’érode. Les cleantech (+186%), healthtech (+232%) et les solutions pour entreprises (+55%) franchissent chacune le seuil symbolique des 200 millions de dollars de levées en equity. Cette maturation indique que l’écosystème tech africain ne repose plus sur un seul pilier et commence à adresser une palette plus large de défis économiques, sociaux et environnementaux du continent.
Enfin, la lente progression de la part des fonds alloués aux start-up fondées ou cofondées par des femmes, à peine 10% du total, rappelle que les progrès en matière de maturité restent inégaux. Cet angle mort persistant, malgré une légère amélioration, mesure les limites d’un écosystème dont la transformation, bien que réelle, doit encore s’attaquer à ses déséquilibres structurels les plus profonds pour réaliser pleinement son potentiel inclusif et continental.



