Le président nigérien Abdourahamane Tiani a reçu le 7 avril 2026 à Niamey l’ambassadeur du Burkina Faso, Abdou Diallo, porteur d’un message personnel du capitaine Ibrahim Traoré. Cette rencontre, rapportée par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), confirme la volonté des deux régimes militaires de resserrer leur coordination stratégique, dans un contexte de défis sécuritaires persistants et de marginalisation croissante de la Cédéao.
Les échanges ont porté sur les relations bilatérales, qualifiées de « très fortes » depuis l’arrivée au pouvoir du CNSP au Niger. L’ambassadeur Diallo a reçu des orientations directes du chef de l’État nigérien pour sa mission diplomatique, signe d’une confiance mutuelle et d’un alignement opérationnel entre Niamey et Ouagadougou. Les discussions ont également abordé les moyens de consolider la Confédération des États du Sahel, cadre qui lie désormais le Niger, le Burkina Faso et le Mali dans une dynamique d’intégration accélérée.
L’Alliance des États du Sahel (AES) a été créée en septembre 2023 par la signature de la Charte du Liptako-Gourma, avant d’être transformée en Confédération en juillet 2024. Initialement centrée sur la défense mutuelle, elle a progressivement élargi son périmètre à la coopération politique, économique et diplomatique. En janvier 2025, les trois pays ont officiellement quitté la Cédéao, actant leur rupture avec l’organisation ouest-africaine qu’ils accusent d’être inféodée aux puissances étrangères et inefficace face au djihadisme.
À court terme, la Confédération AES devrait accélérer la mise en place de mécanismes communs : coordination militaire renforcée, projets d’infrastructures transfrontaliers et adoption de positions diplomatiques unifiées, notamment à l’ONU. À moyen terme, la question de la création d’une monnaie commune et d’une fiscalité harmonisée est régulièrement évoquée, même si les défis économiques restent immenses. L’enjeu pour Tiani et Traoré sera de transformer cette dynamique politique en résultats concrets pour des populations épuisées par les violences et l’isolement régional.
L’audience s’est tenue en présence du ministre directeur de cabinet du président nigérien, également porte-parole du gouvernement, et de l’ambassadeur Illo Adani, conseiller chargé des questions stratégiques. Cette forte présence diplomatique traduit l’importance que Niamey accorde à ce canal bilatéral, perçu comme un levier pour équilibrer les rapports de force internes à l’AES, où le Mali et le Burkina Faso entretiennent des relations historiquement plus denses. La convergence affichée ne doit pas masquer les rivalités sous-jacentes entre capitales pour le leadership de la Confédération.
Reste que ce rapprochement intervient alors que les trois pays sont plus que jamais dépendants de partenaires extérieurs contestés, en particulier la Russie via le groupe Wagner devenu Africa Corps. La consolidation politique de l’AES va de pair avec une marginalisation diplomatique et un appauvrissement accéléré des populations. Les régimes militaires jouent leur crédibilité sur leur capacité à sécuriser le territoire et à offrir une alternative crédible à la Cédéao. À ce stade, les déclarations de fraternité, aussi solennelles soient elles, ne remplacent ni les arsenaux communs ni les budgets régionaux. La vérité dérange : sans résultats sur le terrain, cette belle mécanique institutionnelle risque de n’être qu’une coquille vide.



