L’ancien président américain Donald Trump a menacé de lancer de nouvelles frappes militaires au Nigeria si les violences contre les chrétiens se poursuivent. Cette déclaration intervient après les raids aériens menés le jour de Noël contre des positions présumées de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) dans le nord-est du pays. Trump a qualifié cette première opération de “ponctuelle”, tout en laissant planer la possibilité d’une escalade.
Interrogé par un média américain, l’ex-président a précisé sa position. “J’aimerais que ce soit une opération ponctuelle. Mais s’ils continuent à tuer des chrétiens, ce sera une série de frappes”, a-t-il affirmé. Ces propos placent directement la protection des communautés chrétiennes comme un casus belli potentiel pour une intervention militaire américaine au Nigeria, l’un des principaux théâtres de la lutte contre l’extrémisme violent dans le Sahel.
Cette menace s’inscrit dans un contexte nigérian complexe, où la violence est souvent présentée sous un prisme confessionnel. Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, compte une population à peu près équitablement répartie entre chrétiens et musulmans. Depuis plus d’une décennie, le nord-est est ravagé par l’insurrection de Boko Haram et de sa scission ISWAP. Si ces groupes ont perpétré de nombreuses attaques contre des églises et des fidèles chrétiens, ils ont aussi tué un très grand nombre de musulmans, et leurs motivations relèvent davantage d’un projet insurrectionnel et idéologique que d’une persécution religieuse ciblée. Le gouvernement fédéral rejette d’ailleurs fermement la notion d’un génocide ou d’une persécution systématique des chrétiens.
Les perspectives soulevées par ces déclarations sont préoccupantes. D’une part, elles risquent d’exacerber les tensions intercommunautaires au Nigeria en simplifiant à outrance une crise aux racines multiples. D’autre part, elles pourraient compliquer la coopération sécuritaire entre Washington et Abuja. Le gouvernement nigérian, souverainiste, a toujours affirmé sa capacité à gérer ses défis sécuritaires internes et pourrait voir d’un mauvais œil une ingérence conditionnée par un discours religieux. Enfin, cette posture pourrait influencer la politique africaine d’une éventuelle future administration Trump, la rendant plus imprévisible et susceptible d’interventions unilatérales.
Des analystes et des organisations de défense des droits humains rappellent que la violence au Nigeria est le fruit de facteurs entremêlés : pauvreté endémique, conflits fonciers, marginalisation de régions entières et faiblesses structurelles des forces de sécurité. Réduire ce drame à une dimension purement religieuse est non seulement inexact, mais aussi dangereux. Une telle narration occulte les responsabilités politiques et sécuritaires internes et pourrait servir des agendas politiques aux États-Unis, où le sort des chrétiens persécutés est un thème porteur dans certains électorats.
La réaction officielle d’Abuja à ces menaces n’a pas encore été formulée, mais elle sera cruciale. Historiquement, les partenariats sécuritaires avec les États-Unis ont été ambivalents, entre nécessité de soutien logistique et renseignement et crainte d’une perte de souveraineté. La communauté internationale, notamment l’Union Africaine, surveillera également ces développements, alors que le principe de “solutions africaines aux problèmes africains” peine à s’appliquer face à la montée du jihadisme. L’utilisation d’un discours explicitement confessionnel par une figure politique majeure américaine introduit une variable nouvelle et potentiellement déstabilisante dans un pays déjà au bord du précipice.



