Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, est arrivé ce dimanche 12 juillet 2026 à Bamako pour une visite officielle de deux jours. Ce déplacement de haut niveau intervient dans un contexte de blocage total entre l’organisation panafricaine et les autorités de la Transition, alors que le Mali est suspendu de toutes les instances de l’UA depuis plus de cinq ans. L’enjeu de cette mission est clair : tenter de dénouer une crise politique qui n’a fait que s’envenimer, malgré les multiples appels au dialogue lancés par le Conseil de paix et de sécurité.
Dès son arrivée, Mahmoud Ali Youssouf a été reçu par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, avant une audience prévue ce lundi avec le chef de l’État, le général Assimi Goïta. Si l’Union africaine reste discrète sur le contenu exact des discussions, cette visite est la matérialisation la plus concrète des appels du Conseil de paix et de sécurité qui, le 28 avril dernier, enjoignait la Commission à intensifier ses démarches diplomatiques. L’accent est mis sur le dialogue politique, le retour à l’ordre constitutionnel et l’établissement d’un calendrier de transition crédible, des points sur lesquels Bamako et Addis-Abeba peinent à trouver un terrain d’entente.
La suspension du Mali, décidée le 1er juin 2021, fait suite au coup de force du colonel Goïta contre le président de la Transition Bah N’Daw et son Premier ministre Moctar Ouane, un scénario qui répétait celui d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta. Depuis, l’UA conditionne le retour du pays dans son giron à un rétablissement effectif de l’ordre constitutionnel. Pourtant, loin de céder aux pressions, Bamako a durci sa position en révisant sa Charte de la Transition en juillet 2025, un texte qui consacre le général Goïta comme chef de l’État pour une durée indéterminée, renouvelable et uniquement conditionnée par la pacification du territoire. Ce cadre légal, perçu comme une légalisation de la transition perpétuelle, est le principal point de crispation.
La visite de Mahmoud Ali Youssouf vise donc à porter le dialogue à son niveau le plus élevé pour tenter de surmonter cette impasse. Les perspectives d’un accord rapide semblent toutefois minces, tant les positions sont irréconciliables sur le fond. L’UA exige des échéances précises et une alternance démocratique, tandis que le pouvoir malien, s’abritant derrière les impératifs sécuritaires, refuse de se soumettre à un calendrier imposé de l’extérieur. L’issue de ces entretiens déterminera si une nouvelle feuille de route peut être esquissée ou si l’organisation continentale devra se résoudre à une suspension prolongée, voire à une recomposition de ses relations avec un régime qui s’installe dans la durée.
Malgré cette suspension formelle, l’Union africaine n’a jamais totalement rompu le lien avec Bamako. Elle maintient une présence opérationnelle au Mali à travers son Bureau de liaison pour le Mali et le Sahel, dirigé par l’ancien ministre gambien Mamadou Tangara, qui avait été reçu par le président de la Commission en mai dernier. Cette structure est le canal discret par lequel Addis-Abeba continue d’apporter son assistance technique au secteur de la sécurité, un domaine sensible où l’UA tente de conserver une influence, tandis que le Mali se tourne de plus en plus vers d’autres partenaires.
Cette visite s’inscrit également dans une stratégie régionale plus large initiée dès mai 2025 par Mahmoud Ali Youssouf, qui avait convié les ambassadeurs du Mali, du Burkina Faso et du Niger pour proposer une médiation commune. L’échec ou la réussite de la mission à Bamako sera donc un indicateur crucial pour l’ensemble de la région sahélo-saharienne. Si le président de la Commission échoue à obtenir des engagements clairs du général Goïta, ce sera un aveu de faiblesse de l’institution panafricaine face à une dynamique de remise en cause des ordres constitutionnels. Les communications officielles qui suivront l’entretien avec Assimi Goïta seront donc attendues avec une extrême attention, car elles seules permettront de mesurer la profondeur du fossé qui sépare les deux parties.



