L’administration Trump a révoqué plus de 175 000 visas depuis le début de l’année, selon un bilan officiel publié lundi par le Département d’État. Cette annonce massive, sans précédent par son ampleur dans un délai aussi court, traduit une accélération spectaculaire de la politique de contrôle des ressortissants étrangers engagée par le président républicain. Washington justifie ces révocations par des motifs variés – infractions pénales, fraudes, violations des conditions de séjour ou menaces contre la sécurité nationale – et affirme que cette vague n’est qu’une première étape.
La grande majorité des visas annulés concernent des étrangers ayant eu des démêlés avec la justice américaine : agressions, conduite en état d’ivresse, vols, infractions liées aux stupéfiants. Mais la liste s’allonge bien au-delà des délits communs. Le Département d’État cite également des cas de viol, enlèvement, traite des êtres humains, exploitation sexuelle de mineurs, possession de matériel pédopornographique, violences domestiques, escroquerie à grande échelle, ou encore soutien public à des actes de violence contre des citoyens américains. Ces annulations résultent, selon les autorités, d’opérations permanentes de vérification des dossiers, destinées à s’assurer que les titulaires de visa respectent les conditions de leur séjour.
Cette offensive s’inscrit dans la continuité de la rhétorique et des décrets signés dès le premier jour du second mandat de Donald Trump, qui avait promis un « filtrage maximal » des entrants sur le sol américain. Depuis 2017, l’administration républicaine n’a cessé d’élargir les critères d’expulsion et de restriction d’entrée, y compris pour des motifs politiques ou diplomatiques. Le secrétaire d’État Marco Rubio a d’ailleurs rappelé que le visa est « un privilège et non un droit », une formulation qui résonne comme un avertissement adressé aux ressortissants du monde entier, mais particulièrement aux pays d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Amérique latine, régulièrement ciblés par les mesures restrictives de Washington.
L’administration Trump affirme que ces révocations se poursuivront et s’intensifieront, sans donner de chiffre précis pour les prochains mois. Les diplomates et les services consulaires sont désormais sous pression pour détecter le moindre écart, réel ou présumé, et les recours juridiques des intéressés s’annoncent compliqués, voire voués à l’échec devant les juridictions américaines. Cette politique risque d’aggraver les tensions diplomatiques avec plusieurs pays, d’autant que le Département d’État n’hésite pas à évoquer des motifs relevant de la politique étrangère, comme l’influence cubaine, les liens iraniens ou les appels à la violence contre le président, qui relèvent davantage du contentieux géopolitique que de la délinquance ordinaire.
Un point particulièrement polémique concerne le « tourisme de naissance » : une ambassade américaine en Afrique du Nord a annulé plus de cent visas de parents venus principalement aux États-Unis pour y faire naître leurs enfants et obtenir ainsi la citoyenneté américaine pour ceux-ci, en vertu du XIVe amendement de la Constitution. Si cette pratique est ancienne et marginale, sa mise en avant dans le bilan officiel indique une volonté politique d’élargir le champ des révocations à des comportements jusqu’alors tolérés, même sans infraction pénale.
Plus inquiétant encore pour les observateurs, la procédure de révocation semble désormais intégrer des critères subjectifs liés aux opinions politiques. Le cas d’un Koweïtien ayant appelé à des violences contre le président, ou de personnes ayant célébré publiquement l’assassinat de Charlie Kirk, figure emblématique de la droite conservatrice, montre que la liberté d’expression des étrangers sur le sol américain est désormais placée sous étroite surveillance. Les associations de défense des droits civiques dénoncent déjà une dérive sécuritaire qui pourrait frapper des milliers de titulaires de visa pour des propos tenus en dehors de tout cadre pénal. À ce stade, aucune contestation judiciaire d’ampleur n’a été engagée, mais le débat promet de s’installer durablement dans l’actualité américaine.



