Pour la première fois depuis 1997, le Zimbabwe a enregistré un taux d’inflation mensuel en glissement annuel inférieur à 10%. Ce seuil, franchi en janvier 2026 avec un taux de 4,1%, constitue une étape historique pour une économie dévastée par près de trois décennies d’hyperinflation et marque une condition préalable cruciale à l’ambitieux projet des autorités : faire du Zimbabwe Gold (ZiG), la monnaie adossée à l’or introduite en 2024, l’unique devise nationale d’ici 2030.
Selon le ministère des Finances, cette baisse spectaculaire, passant de 15% en décembre 2025 à 4,1% le mois suivant, est le fruit d’une politique budgétaire et monétaire stricte menée en coordination avec la Banque centrale. Le gouvernement attribue cette performance à la discipline instaurée depuis l’émission du ZiG. Parallèlement, les réserves de change garantissant cette nouvelle monnaie se sont considérablement renforcées, passant d’environ 276 millions de dollars américains lors de son lancement en avril 2024 à plus de 1,2 milliard de dollars début 2026.
Cette percée intervient après un quart de siècle de chaos économique, dont l’origine remonte à la réforme agraire controversée de l’ancien président Robert Mugabe à la fin des années 1990. L’expropriation violente d’environ 4 500 fermiers blancs a précipité l’effondrement du secteur agricole, autrefois moteur de l’économie, et provoqué un défaut de paiement sur la dette extérieure. Pour financer ses déficits, le gouvernement a eu recours à la planche à billets, déclenchant une hyperinflation galopante qui a conduit à l’abandon du dollar zimbabwéen en 2009 au profit d’un système multi-devises dominé par le dollar américain. Le ZiG est la sixième tentative depuis cette date de réintroduire une monnaie locale.
La perspective centrale est désormais l’objectif affiché de faire du ZiG la monnaie unique du pays. La Banque centrale avait posé deux conditions non négociables : maintenir l’inflation en deçà de 10% et accumuler des réserves de change suffisantes pour couvrir trois à six mois d’importations. Si la première est temporairement atteinte, la seconde reste un défi de taille. La durabilité de cette stabilisation est incertaine dans un pays frappé par des sécheresses récurrentes, une dette colossale et une défiance profonde de la population envers toute monnaie locale après des années de traumatisme financier.
La réussite du ZiG dépendra de la capacité des autorités à maintenir cette rigueur monétaire dans un contexte socio-économique tendu, avec un chômage endémique et des services publics défaillants. La tentation du financement monétaire des déficits publics, racine de l’hyperinflation passée, constitue une menace permanente. La crédibilité de la banque centrale, indépendante sur le papier mais soumise à de fortes pressions politiques, sera constamment mise à l’épreuve.
Enfin, l’adoption du ZiG par la population et les entreprises reste le test ultime. Après des expériences catastrophiques avec le dollar zimbabwéen et des quasi-monnaies éphémères, la dollarisation informelle est ancrée dans les comportements. Convaincre les Zimbabwéens de délaisser le dollar américain, synonyme de stabilité, pour une nouvelle monnaie, fût-elle adossée à l’or, nécessitera plus qu’un indicateur macroéconomique. Il faudra restaurer une confiance perdue depuis une génération, dans un climat où les investisseurs étrangers restent méfiants face aux risques politiques et institutionnels persistants.



