Le concert caritatif “Solidarité Congo”, prévu initialement le 7 avril à Paris, a été reporté au 22 avril, suite à des demandes de report de la part des autorités. Organisé pour soutenir les enfants victimes du conflit dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), cet événement attire la participation de grandes figures du rap français telles que Gims, Dadju, Youssoupha et Gazo. Ce changement de date survient après des préoccupations liées à la commémoration de la journée internationale du génocide des Tutsis au Rwanda, célébrée chaque 7 avril.
Le concert “Solidarité Congo” avait pour objectif de collecter des fonds en soutien aux enfants affectés par le conflit qui déchire l’est de la RDC. Cette région, riche en ressources naturelles et située à la frontière du Rwanda, souffre depuis des décennies d’un climat de violence exacerbé par des groupes armés. Cependant, la programmation du concert en parallèle de la journée de commémoration du génocide des Tutsis, qui a fait près de 800 000 victimes en 1994, a suscité une controverse. Des associations rwandaises en France ont ainsi demandé son report, invoquant le respect de la mémoire des victimes du génocide.
Depuis plus de 30 ans, l’est de la RDC est le théâtre d’une guerre sans fin, exacerbée par des tensions ethniques et les retombées du génocide rwandais. La fuite de milliers de Hutus vers la RDC après 1994 a alimenté des conflits récurrents, notamment avec la présence de groupes armés comme le M23, accusé d’être soutenu par le Rwanda. Ce climat de violence, exacerbée récemment par une offensive du M23, a engendré de nouvelles vagues de déplacements massifs de populations, avec plus de 100 000 réfugiés dans les trois derniers mois. Les récents événements ont donc mis en lumière les souffrances des enfants pris au piège dans ce conflit interminable.
Le report de ce concert soulève des questions sur la manière dont les événements caritatifs peuvent s’inscrire dans des contextes politiques et mémoriels complexes. Alors que le concert se veut un acte de solidarité pour les enfants victimes du conflit en RDC, il reflète également les tensions régionales et les difficultés à concilier les différents enjeux géopolitiques et humanitaires. Cette reprogrammation pourrait également avoir des répercussions sur la perception de l’aide humanitaire en période de crise, notamment en ce qui concerne les soutiens apportés par les grandes organisations internationales.
L’Unicef, l’agence des Nations unies en charge de la protection de l’enfance, s’était retirée du projet, estimant que l’organisation de l’événement le 7 avril aurait porté atteinte à la mémoire du génocide. Bien que la date du concert ait été modifiée, l’agence a confirmé qu’elle ne reviendrait pas sur sa décision. Cette absence pourrait remettre en question l’impact réel du concert sur la cause qu’il soutient, d’autant plus que l’Unicef devait initialement recevoir les recettes du concert pour les redistribuer en faveur des enfants victimes du conflit. Les organisateurs, bien qu’ayant accepté de reprogrammer l’événement, se retrouvent donc dans une position délicate.
L’affaire met également en lumière les tensions au sein de la diaspora rwandaise et les enjeux liés à la mémoire collective. Si la décision de reporter le concert semble avoir apaisé les tensions immédiates, elle soulève également des interrogations sur la manière de concilier les impératifs humanitaires et les sensibilités mémorielles, notamment dans un contexte aussi complexe que celui des relations entre la RDC, le Rwanda et les communautés rwandaises en Europe. Ce report, bien qu’impulsé par des considérations politiques et diplomatiques, pourrait donc avoir des répercussions sur l’organisation d’événements similaires dans le futur.