Le Cameroun pleure l’un de ses grands noms de la musique. Ange Ebogo Emerent, figure majeure du bikutsi, est décédé dans la nuit du 27 au 28 août à l’âge de 73 ans. Sa disparition met fin à une carrière de plus d’un demi-siècle, marquée par une empreinte profonde sur la scène musicale nationale. La nouvelle a été confirmée par sa famille.
En 1980, son titre « Sogolo Mon » propulse son nom au-devant de la scène. L’œuvre se distingue par un message audacieux pour l’époque: aborder le thème du planning familial dans une société encore conservatrice. Vingt ans après un premier 45 tours passé inaperçu, cette chanson devient un succès retentissant et marque un tournant dans la diffusion du bikutsi.
Menuisier de formation, Ebogo se fait connaître comme chanteur, mais aussi comme guitariste, auteur, compositeur et arrangeur. Sa polyvalence lui vaut le surnom de « la voix d’ange ». Avec 21 albums et plus de 400 compositions, il a construit un répertoire qui s’impose comme un patrimoine musical camerounais. Sa démarche a contribué à professionnaliser le bikutsi et à l’inscrire durablement dans l’identité culturelle du pays.
L’artiste a également transmis son héritage à la génération suivante. Son fils, Tonton Ebogo, a connu le succès dès ses débuts, prolongeant la lignée artistique. Ces dernières années, Ange Ebogo a multiplié les collaborations, notamment avec la nouvelle scène camerounaise. En 2024, il revisite son titre culte « Sogolo Mon » aux côtés du chanteur Magasco, signe de sa volonté de rester ancré dans l’actualité musicale.
La carrière d’Ebogo a été saluée au plus haut niveau. En 2020, il reçoit le Grand cordon national, distinction suprême remise par le chef de l’État à un artiste. Cette reconnaissance officielle consacre non seulement sa longévité mais aussi l’influence de son œuvre sur plusieurs générations de musiciens et de mélomanes.
Malgré cette reconnaissance, ses dernières années ont été marquées par la maladie. Le diabète, dont il souffrait depuis longtemps, a fini par l’emporter. Son décès laisse un vide considérable dans le paysage culturel camerounais, mais son œuvre continue de témoigner de son rôle fondateur dans l’histoire du bikutsi.