L’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) a publiquement salié les solides performances macroéconomiques du Burkina Faso, mettant en avant une “dynamique économique établie” et une “résilience économique affichée”. Cette éloge a été formulée par le président de la Commission de l’Union, Abdoulaye Diop, à l’issue d’une audience avec le président burkinabé Ibrahim Traoré, le 19 janvier.
Abdoulaye Diop a précisé les domaines dans lesquels le pays se distingue particulièrement. Il a cité la croissance économique, la maîtrise de l’inflation et une gestion prudente de la dette publique. Il a également souligné les bons résultats concernant l’équilibre des comptes extérieurs et la consolidation du solde budgétaire. Pour l’UEMOA, la capacité du Burkina Faso à mobiliser des ressources publiques au cours des deux dernières années constitue une expérience “exemplaire” qui mérite d’être partagée au sein de l’union monétaire.
Ce satisfecit intervient dans un contexte national et régional extrêmement difficile. Le Burkina Faso est confronté à une crise sécuritaire majeure due à l’activité de groupes armés jihadistes, qui grève ses finances, déplace des centaines de milliers de personnes et perturbe les activités économiques dans de vastes zones. Régionalement, l’espace UEMOA traverse une période de turbulences politiques et de défis économiques, marquée par des transitions militaires dans plusieurs pays membres et des pressions inflationnistes persistantes. Dans ce cadre, la stabilisation des grands équilibres financiers à Ouagadougou apparaît comme un signal positif.
Les perspectives évoquées par l’UEMOA lient directement ces performances à une marge de manœuvre budgétaire accrue. Selon Abdoulaye Diop, la force des comptes publics offre un espace pour mieux répondre aux besoins urgents des populations et aux engagements de l’État. Cet espace sera crucial pour financer les dépenses de sécurité, les aides sociales et les investissements nécessaires à la stabilisation et au développement à long terme du pays, sans compromettre sa soutenabilité financière.
Le président de la Commission a également mis en avant la concordance entre les initiatives du gouvernement burkinabé et le plan stratégique “Impact 2030” de l’UEMOA. Cet alignement suggère que les politiques nationales sont perçues comme cohérentes avec les objectifs régionaux de transformation économique et de résilience, ce qui pourrait renforcer la collaboration technique et financière entre Ouagadougou et les institutions de l’Union.
Au-delà des agrégats macroéconomiques, cette reconnaissance institutionnelle sert également un objectif politique. Pour le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré, issu d’un putsch et engagé dans une transition promise à mener vers des élections, la validation de sa gestion économique par une instance régionale fait office de légitimation importante sur la scène internationale. Elle tend à démontrer une forme de compétence administrative malgré le contexte sécuritaire.
Toutefois, cette analyse macroéconomique positive ne doit pas occulter les défis immenses qui subsistent. La résilience des indicateurs financiers contraste avec les conditions de vie d’une population frappée par l’insécurité, l’inflation sur les biens de première nécessité et des difficultés d’accès aux services de base. La soutenabilité à long terme de la trajectoire économique du Burkina Faso dépendra en définitive de sa capacité à inverser la dynamique sécuritaire, sans laquelle toute croissance reste précaire et inégalement partagée.



