Les autorités de transition en Guinée-Bissau ont fixé au 6 décembre 2026 la tenue des élections législatives et présidentielle. Cette annonce, officialisée par décret du président de la transition, le général Horta N’Tam, intervient dans un contexte de forte pression diplomatique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui exige un retour rapide à l’ordre constitutionnel depuis le coup d’État du 26 novembre dernier.
Le décret présidentiel n°02/2026, publié à Bissau, se fonde sur la Charte politique de transition adoptée fin novembre 2025. Il stipule que les conditions nécessaires à l’organisation d’élections « libres, justes et transparentes » seraient « progressivement réunies » d’ici cette échéance. Ce calendrier établit ainsi une transition d’environ trois ans, bien au-delà des attentes de la communauté internationale et régionale qui prônait une période beaucoup plus courte.
Cette décision s’inscrit dans la lignée des turbulences politiques chroniques qui secouent le pays. Le général Horta N’Tam a pris le pouvoir après l’interruption brutale, par la force, du processus électoral à peine 24 heures avant la proclamation des résultats du scrutin du 23 novembre 2025. Un scrutin pourtant jugé « libre, transparent et pacifique » par les observateurs de la Cédéao et d’autres partenaires internationaux. Cet acte a annulé une élection qui semblait marquer un pas vers la stabilité démocratique.
Les perspectives immédiates sont celles d’une confrontation diplomatique accrue. La Cédéao, qui a rejeté le premier calendrier de transition proposé par la junte et multiplié les missions de médiation de haut niveau, n’a pas encore officiellement réagi à cette nouvelle date. L’organisation régionale avait clairement averti qu’elle envisageait des sanctions ciblées contre toute entrave au processus. L’annonce du 6 décembre 2026, perçue comme une transition prolongée, risque de cristalliser les tensions et pourrait précipiter l’application de ces mesures coercitives.
La crédibilité de ce calendrier est directement liée à la réponse de la Cédéao. Une mission de haut niveau, conduite le 10 janvier par le président sierra-léonais et président en exercice de la Cédéao, Julius Maada Bio, avait insisté sur la nécessité d’une transition « courte, inclusive et consensuelle ». Cette annonce unilatérale de la junte semble être une réponse en contradiction avec ces exigences, testant la détermination et l’unité de l’organisation sous-régionale face à un nouveau coup de force institutionnel.
Au-delà de la date électorale, les points de blocage restent entiers. La Cédéao exige toujours la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques, dont l’ancien président de l’Assemblée nationale Domingos Simões Pereira, et le rétablissement de la protection des institutions par la Mission d’appui à la stabilisation de la Guinée-Bissau (MISGB). La libération partielle de certains détenus, obtenue après une médiation sénégalaise fin décembre, n’a été qu’un geste limité. La poursuite de l’incarcération des figures de l’opposition prive toute transition de la légitimité inclusive que réclament les partenaires régionaux.



