La Tanzanie a décidé de vendre une partie de ses réserves d’or officielles pour financer ses projets d’infrastructures, une mesure inédite qui illustre la recherche de nouvelles marges de manœuvre face au recul de l’aide internationale. Le ministre d’État chargé de la Planification et de l’Investissement, Kitila Mkumbo, a annoncé cette décision à Londres le 26 janvier, sur instruction de la présidente Samia Suluhu Hassan.
Selon les informations confirmées par le gouvernement, la Banque de Tanzanie (BoT) a été mandatée pour procéder à la vente partielle du stock d’or du pays. Les volumes précis, le calendrier et les modalités de l’opération restent à définir. Fin décembre 2025, les réserves d’or de la Tanzanie étaient évaluées à environ 1,3 milliard de dollars, selon les données publiées par la banque centrale. Cette initiative vise explicitement à combler un déficit de financement pour les infrastructures, alors que les flux d’aide concessionnelle se font plus rares.
Cette décision s’inscrit dans un contexte international de réduction significative de l’aide publique au développement de la part des principaux bailleurs historiques. Depuis 2025, plusieurs pays occidentaux, dont le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, ont revu à la baisse leurs budgets d’aide, priorisant des dépenses internes de défense et de sécurité. Les États-Unis ont même procédé à la fermeture de l’USAID sous l’administration Trump. Pour la Tanzanie, cette tendance est aggravée par des tensions politiques avec l’Union européenne, qui a envisagé de suspendre un programme d’aide de 156 millions d’euros après la présidentielle contestée d’octobre 2025.
La vente d’or, si elle est menée à bien, pourrait offrir à court terme des liquidités nécessaires au budget de l’État. Cependant, elle pose des questions sur la gestion stratégique des réserves nationales, traditionnellement destinées à assurer la stabilité macroéconomique et à couvrir les besoins en devises en période de crise. Les observateurs suivront également l’impact de cette opération ponctuelle sur le marché local de l’or et sur les relations avec les compagnies minières actives dans le pays.
L’or constitue un pilier de l’économie tanzanienne. Le pays est l’un des principaux producteurs d’or d’Afrique, avec une production d’environ 52 tonnes en 2023. Le métal précieux a représenté 22,5% des exportations nationales cette année-là, générant environ 3,05 milliards de dollars de recettes. Le secteur minier contribue à près de 10% du PIB et à environ 15% des recettes fiscales. Cette décision de vente s’appuie donc sur un secteur économique structurant.
Ces dernières années, les autorités tanzaniennes ont renforcé leur contrôle sur la filière aurifère pour maximiser les retombées nationales. Depuis septembre 2023, un programme permet à la banque centrale d’acheter de l’or directement aux mineurs locaux pour constituer ses réserves. Une mesure ultérieure, imposant aux compagnies minières et aux négociants de céder 20% de leurs exportations d’or à la BoT, a consolidé cette stratégie de captation de la valeur. La vente envisagée aujourd’hui apparaît comme une nouvelle étape dans la mobilisation de cette ressource comme levier de financement souverain.
Cette approche reflète une volonté plus large, perceptible dans plusieurs capitales africaines, de diversifier les sources de financement du développement et de réduire la dépendance aux aides extérieures, perçues comme volatiles et conditionnées. Elle intervient dans un cycle de prix de l’or historiquement élevés, ce qui rend l’opération potentiellement attractive financièrement. Toutefois, elle expose aussi le pays aux aléas des cours mondiaux d’une matière première, renouant avec les risques liés à la dépendance aux ressources extractives pour le budget de l’État.



