L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le gouvernement sud-africain viennent de lancer une offensive conjointe pour combattre plus efficacement les maladies tropicales négligées (MTN) sur son territoire. Cette collaboration se concrétise par une initiative de renforcement des capacités nationales, ciblant spécifiquement l’amélioration du dépistage, du traitement et des campagnes de distribution de médicaments à large échelle.
Le cœur de cette alliance a pris la forme d’un atelier de formation intensif de trois jours, organisé fin janvier à Tzaneen, dans la province du Limpopo. Les experts de l’OMS et les autorités sanitaires sud-africaines y ont travaillé à l’élaboration de stratégies pour une meilleure prise en charge de la lèpre et une optimisation des programmes d’administration massive de médicaments (AMM). L’objectif déclaré est d’aligner les efforts du pays sur la Feuille de route mondiale 2021-2030 de l’OMS contre les MTN, elle-même liée aux Objectifs de développement durable.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte sud-africain contrasté. Si la lèpre y est statistiquement rare, elle n’a pas été éradiquée, avec des cas sporadiques qui rappellent la nécessité d’une vigilance permanente. Dans le même temps, des maladies parasitaires comme la schistosomiase (bilharziose) et les géohelminthiases (vers intestinaux) restent endémiques dans plusieurs régions. Ces affections frappent de manière disproportionnée les enfants d’âge scolaire et les communautés les plus pauvres, perpétuant un cycle d’inégalité sanitaire et sociale, souvent loin des projecteurs médiatiques.
Les perspectives immédiates se concentrent sur une montée en puissance des campagnes de distribution préventive de médicaments, grâce à des dons de l’OMS. Le Dr Dhruv Pandey de l’OMS a souligné que la clé du succès résidera dans l’intégration de ces campagnes massives aux plateformes de soins de santé primaires existantes. Parallèlement, les autorités, représentées par Patrick Hlungwani du ministère national de la Santé, mettent l’accent sur la nécessité de renforcer la surveillance épidémiologique et la coordination entre les différents acteurs gouvernementaux, condition sine qua non pour un déploiement efficace.
L’atelier de Tzaneen a servi de laboratoire opérationnel. Soixante-dix professionnels de la santé, incluant cliniciens, pharmaciens et gestionnaires de programmes, y ont planché sur l’amélioration des diagnostics, la fluidification des filières de référence des patients et la lutte contre la stigmatation entourant des maladies comme la lèpre. Un résultat tangible a été la production de micro-plans provinciaux et de district, véritables feuilles de route pour les prochaines campagnes sur le terrain.
Cet effort collectif, soutenu techniquement par un consortium incluant des universitaires et des ONG spécialisées comme la Mission contre la lèpre, vise à transformer une approche souvent fragmentée en une réponse nationale cohérente. L’enjeu dépasse la seule santé publique. Il s’agit de réparer une injustice sanitaire en s’attaquant à des maladies qui, bien que traitables, continuent de handicaper le développement et l’avenir des communautés les plus vulnérables d’Afrique du Sud. Le succès de cette collaboration servira de test pour d’autres pays du continent confrontés à des défis similaires.



