Le gouvernement gambien a officiellement réagi, mardi, aux résultats accablants d’un sondage national réalisé par l’institut CepRass. Prenant acte d’un profond mécontentement populaire concernant la gestion économique et la lutte contre la corruption, l’exécutif du président Adama Barrow tente cependant de retourner l’analyse en mettant en avant la force électorale perçue de son parti au pouvoir.
Dans une déclaration du ministère de l’Information, le gouvernement salue ce sondage comme un « outil démocratique légitime ». Il en reconnaît les principaux enseignements, à savoir que 66% des citoyens jugent négativement la lutte contre la corruption, 60% critiquent la gestion économique et 66% sont insatisfaits de la création d’emplois. Pour contrebalancer cette défiance, la déclaration énumère des mesures prises, comme la création d’une agence anti-corruption et des projets dans l’agriculture et les infrastructures.
Ce tableau contrasté s’inscrit dans la période post transition de la Gambie, après le départ forcé de l’autocrate Yahya Jammeh en 2017. Le président Barrow, élu sur des promesses de réformes démocratiques et de redressement économique, doit aujourd’hui gérer les attentes déçues d’une population qui a goûté à une liberté d’expression retrouvée. La déclaration souligne d’ailleurs ce climat de liberté, tout en rappelant l’échec au Parlement d’une réforme constitutionnelle visant à limiter le nombre de mandats présidentiels, un sujet qui avait suscité de vives tensions.
Les perspectives sont doublement définies par le calendrier politique et la pression sociale. D’un côté, le gouvernement mise sur une opposition qu’il juge fragmentée, s’appuyant sur le fait que 46% des sondés voient son Nouveau Parti Patriotique (NPP) comme le plus susceptible de l’emporter aux prochaines élections, loin devant l’UDP (20%). De l’autre, il promet de poursuivre la lutte anti-corruption par « des moyens légaux » et d’améliorer sa gouvernance économique. Cette approche vise à contenir la grogne tout en se présentant comme l’option la plus stable.
L’analyse électorale proposée par le pouvoir mérite un examen critique. Si le NPP est perçu comme le favori, un chiffre du même sondage, moins mis en avant par la déclaration, interpelle : 49% des personnes interrogées disent vouloir voter pour « un autre candidat ». Ce signal fort d’une recherche d’alternatives révèle un électorat volatile et insatisfait, que la simple fragmentation de l’opposition actuelle ne garantit pas de retenir. La bataille pour canaliser ce mécontentement sera un enjeu majeur.
En définitive, cette déclaration officielle est un exercice de communication politique révélateur. Elle tente de concilier la reconnaissance d’échecs patents, pour se parer d’une vertu démocratique et responsable, avec une affirmation de sa propre légitimité et de sa force de frappe électorale. Elle expose le dilemme d’un pouvoir issu d’une coalition historique qui, après avoir restauré des libertés fondamentales, est désormais jugé à l’aune de résultats concrets et tangibles dans la vie quotidienne des Gambiens.



