À moins de soixante jours du coup d’envoi prévu, la Coupe d’Afrique des Nations féminine de football (CAN) 2026 est plongée dans une incertitude inédite concernant son pays hôte. Alors que le Maroc est officiellement désigné organisateur, des déclarations contradictoires émanant de responsables sud-africains ont semé le doute sur un éventuel retrait du royaume et un report précipité de la compétition vers l’Afrique du Sud.
La confusion a été instiguée par une annonce publique de la vice-ministre sud-africaine des Sports, Peace Mabe, affirmant que son pays organiserait le tournoi en remplacement du Maroc, jugé indisponible. Face à la polémique, le ministre des Sports, Gayton McKenzie, a dû publier un communiqué rectificatif. Celui-ci précise que l’Afrique du Sud se tient simplement prête à « soutenir la CAF » si des « dispositions alternatives » devenaient nécessaires, sans confirmer aucun changement. Le Maroc reste donc, en l’état des communications officielles, l’organisateur attitré.
Cette situation s’inscrit dans un contexte où le Maroc s’est imposé ces dernières années comme l’hôte de référence pour les grands événements sportifs continentaux, accueillant notamment la CAN masculine 2025. Le royaume s’apprêtait à organiser sa troisième CAN féminine consécutive, après celles de 2022 et 2024, démontrant un engagement fort mais suscitant aussi des interrogations sur une éventuelle lassitude. Par ailleurs, la récente lourde sanction infligée par la CAF au Maroc à la suite d’incidents lors de la finale de la CAN masculine 2025 a alimenté les spéculations sur d’éventuelles tensions.
Les perspectives immédiates reposent entièrement sur la Confédération Africaine de Football (CAF). Son silence persistant, malgré la multiplication des rumeurs, est devenu un élément clé de la crise. La crédibilité de l’instance dirigeante et la sérénité des préparatifs pour les douze nations qualifiées sont en jeu. Une clarification officielle et urgente est impérative pour permettre, quel que soit le pays hôte final, l’organisation d’un tournoi dans des conditions sportives et logistiques acceptables.
Au-delà du communiqué sud-africain, plusieurs facteurs nourrissent le doute. L’absence de campagne de communication et de billetterie de la part des instances marocaines, pour un événement majeur censé débuter dans deux mois, est anormale. Cette inertie contraste avec l’activisme habituel du pays en matière de promotion sportive. Elle laisse planer la question d’éventuels retards dans les préparatifs ou de discussions internes non résolues concernant l’investissement requis.
Pour l’Afrique du Sud, la proposition de dépannage n’est pas anodine. Le pays possède l’infrastructure et l’expérience, ayant organisé avec succès la CAN féminine 2020 (décalée en 2022). Une reprise de l’organisation, même dans l’urgence, pourrait être vue comme une opportunité de renouer avec un rôle central dans le football continental. Cependant, un tel scénario en si peu de temps représenterait un défi logistique immense et risquerait d’affaiblir la commercialisation et la médiatisation de l’événement.
Finalement, cette crise met en lumière les fragilités de la planification des grands événements en Afrique. Elle soulève des questions sur la gouvernance de la CAF, la clarté de ses processus de décision et sa communication avec les fédérations membres et le public. Alors que le football féminin africain connaît une dynamique de croissance, cette incertitude préjudiciable sert de rappel : la professionnalisation doit s’appliquer aussi à l’organisation et à la gestion du calendrier, pour préserver la crédibilité du sport et l’engagement des supporteurs.



