Le Burkina Faso a enregistré une production record de 94 tonnes d’or en 2025, selon le bilan officiel présenté par le ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba. Cette performance historique, marquée par une hausse de plus de 30 tonnes par rapport à 2024, est présentée par les autorités comme le résultat direct des réformes engagées pour affirmer la souveraineté nationale sur les ressources extractives.
Cette production totale intègre à la fois l’extraction industrielle et le secteur artisanal, ce dernier ayant contribué à hauteur d’environ 42 tonnes. Le ministre Gouba attribue cette envolée principalement à l’opérationnalisation de la Société de participation minière du Burkina Faso (SOPAMIB), outil étatique de pilotage du secteur, et à un suivi renforcé des quinze mines industrielles en activité. Par ailleurs, la lutte contre la fraude a permis de récupérer 10 kilogrammes d’or issus du circuit illicite, intégrés au chiffre global. Le taux de réalisation du contrat d’objectifs du ministère s’établit à 89,66% pour l’exercice.
Ce record s’inscrit dans un contexte de volontarisme étatique visant à reprendre le contrôle d’un secteur minier dominé, depuis des décennies, par des capitaux et opérateurs étrangers. Face à la faible rétribution pour l’État malgré l’importance des ressources, et dans un climat d’insécurité persistante, la transition militaire au pouvoir depuis 2022 a fait de la “souveraineté” un axe cardinal de sa politique, notamment à travers la création de la SOPAMIB et la révision du code minier. L’objectif est clair : augmenter la part des revenus miniers dans le budget national et mieux encadrer l’exploitation.
Pour 2026, le gouvernement annonce vouloir consolider cette dynamique. Les priorités affichées incluent une réforme en profondeur du Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB) et la restructuration de l’artisanat minier en coopératives. L’accent sera mis sur l’actionnariat local, avec l’attente d’au moins dix nouveaux projets miniers semi-mécanisés portés exclusivement par des investisseurs privés nationaux. “Nous allons travailler à asseoir durablement la souveraineté énergétique et minière”, a résumé le ministre Gouba.
Au-delà du seul volet minier, le bilan ministériel met en avant des progrès dans le domaine énergétique, présenté comme le corollaire indispensable de cette souveraineté. Près de 160 000 nouveaux ménages ont été raccordés au réseau électrique en 2025, et 131 localités rurales électrifiées. Ces réalisations, couplées au déploiement de centaines de kilomètres de lignes et à l’installation de plus de 25 000 luminaires pour la sécurité urbaine, visent à consolider le lien entre exploitation des ressources, développement interne et stabilité.
Si le chiffre de 94 tonnes est impressionnant, son analyse nécessite de considérer la part prépondérante et volatile de l’orpaillage artisanal, dont la traçabilité et la fiscalisation restent des défis majeurs. La récupération de seulement 10 kg d’or via la lutte anti-fraude interroge sur l’ampleur réelle des flux illicites. En outre, la montée en puissance de l’État dans le secteur, bien qu’ayant un potentiel redistributeur, pose la question de la capacité de gestion technique et financière des nouvelles structures, ainsi que du climat d’investissement pour les partenaires étrangers, encore nécessaires pour les grands projets industriels. La pérennité de ce record dépendra de la capacité à transformer cette production quantitative en valeur ajoutée et en développement structurel pour l’économie nationale.



