Une femme a été exécutée par peloton d’exécution ce mardi à Galkayo, dans la région semi-autonome somalienne du Puntland. Hodan Mohamud Diiriye, 34 ans, a été mise à mort pour le meurtre de sa domestique âgée de 14 ans, Saabirin Saylaan, survenu fin 2023. Cette application de la peine capitale à une femme constitue un événement extrêmement rare en Somalie.
L’accusée avait été reconnue coupable d’avoir battu à mort sa jeune employée en novembre dernier. Avant son procès, la diffusion de vidéos montrant les sévices infligés à l’adolescente avait provoqué une vive émotion. On y voyait notamment Hodan Mohamud Diiriye déclarer à sa victime ensanglantée : « Je prends plaisir à ta douleur ». L’autopsie a confirmé que la jeune fille avait subi de graves tortures. Le mari de la condamnée, jugé complice, a quant à lui écopé d’un an de prison et d’une amende.
Le tribunal islamique qui a rendu le verdict s’est appuyé sur le principe de la « Qisas », ou loi du talion, prévu par la charia. Conformément à cette règle, la famille de la victime a refusé toute compensation financière (« diya ») et a exigé l’exécution de la meurtrière. Le président du tribunal a qualifié la sentence de « justice rétributive ». Les arguments de la défense, qui invoquait des troubles mentaux, ont été rejetés.
Cette exécution, la première d’une femme en Somalie depuis une décennie, pourrait avoir plusieurs conséquences. Elle relance d’abord le débat national, souvent étouffé, sur la maltraitance des enfants et les conditions de travail des domestiques. Par ailleurs, elle met en lumière le fonctionnement de la justice dans le Puntland, une région qui applique strictement la charia et où de telles exécutions publiques, bien qu’encore peu fréquentes pour les femmes, restent une sanction légale.
La rareté de l’événement est à noter. La dernière exécution d’une femme en Somalie remontait à 2013, concernant alors des membres présumés du groupe islamiste Al-Shabaab. Ce cas illustre la persistance de la peine de mort dans le système judiciaire somalien, malgré les pressions internationales pour son abolition. Il interroge également sur les mécanismes de protection des employés domestiques, une catégorie de travailleurs particulièrement vulnérable et invisible.
Au-delà du choc provoqué par la violence du crime, l’affaire soulève des questions sur l’équilibre entre justice traditionnelle islamique, émotion populaire et procédures judiciaires. La fuite des vidéos des violences a incontestablement influencé l’opinion et peut-être la procédure. Alors que la communauté internationale suit généralement de près les questions des droits humains en Somalie, cette exécution rappelle la complexité et la singularité des systèmes juridiques en vigueur dans certaines régions du pays.



