Le Maroc est devenu en 2025 le premier exportateur africain d’avocats, une place historiquement détenue par le Kenya. Cette reconfiguration du leadership, révélée par des données préliminaires de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), intervient sur un marché continental en forte croissance de 16,67%, avec 430 432 tonnes exportées.
La performance marocaine est spectaculaire. Ses exportations ont bondi de 90% sur un an pour atteindre 141 000 tonnes, lui permettant de dépasser ses deux principaux concurrents. Cette explosion est le fruit direct d’une campagne 2024/2025 aux conditions climatiques favorables et, surtout, du résultat de plusieurs années d’investissements privés. Le ministère de l’Agriculture marocain a enregistré une expansion de 40% des superficies récoltées entre 2022 et 2024, avec une hausse de 34% des exportations.
Cette nouvelle donne rompt avec une dynamique établie de longue date. Le Kenya et l’Afrique du Sud, qui représentaient traditionnellement l’essentiel des flux, ont été pénalisés par des facteurs exogènes. Les attaques des Houthis en mer Rouge en 2025 ont gravement perturbé la logistique maritime, obligeant de nombreux navires à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance. Cette crise a doublé les temps de transit vers l’Europe, principal débouché, et fait flamber les coûts du fret.
À court terme, la compétitivité des exportateurs africains restera tributaire de la géopolitique en mer Rouge et de la stabilité des corridors logistiques. Pour le Maroc, le défi sera de pérenniser sa performance, en capitalisant sur ses investissements pour maintenir des volumes élevés et une qualité constante. La structuration de sa filière, via l’Association Marocaine de l’Avocat (MAVA), et sa proximité géographique avec l’Europe constituent des atouts stratégiques face à la volatilité des routes maritimes.
La contre-performance du Kenya (-19%, à 105 164 tonnes) et de l’Afrique du Sud (-6%, à 80 423 tonnes) illustre la vulnérabilité des économies agro-exportatrices africaines face aux chocs logistiques globaux. Le rapport de la FAO souligne que le potentiel d’exportation kényan a été “limité par un quasi-doublement des temps de transit”. Cette situation a profité indirectement au Maroc, moins dépendant de la voie de Suez pour atteindre ses marchés européens.
Malgré ces turbulences, la croissance globale du secteur en Afrique (+16,67%) confirme la robustesse de la demande mondiale, elle-même en hausse de 13%. L’avocat africain, aux côtés de la mangue et de la banane, conserve une place de choix sur le marché international. La montée en puissance du Maroc démontre l’impact décisif des politiques de soutien à l’agriculture et des investissements privés à long terme pour capter cette demande, même dans un environnement concurrentiel et géopolitiquement instable.



