La tranquillité du quartier administratif de Kaloum, à Conakry, a été violemment rompue ce mardi par des tirs et un bouclage sécuritaire massif. Cette opération, digne d’un scénario de crise, visait le transfert forcé de Toumba Diakité, ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, depuis la prison centrale vers le centre de détention de Koya. L’événement a immédiatement généré une confrontation publique et acerbe entre le parquet général et le collectif d’avocats de l’intéressé.
Selon le communiqué du procureur général Fallou Doumbouya, cette décision a été prise pour « préserver l’ordre public et garantir la sécurité » au sein du pénitencier. Les forces spéciales sont intervenues après le refus de Toumba Diakité de se soumettre au transfert et la rébellion supposée de certains codétenus, nécessitant un usage de la force. Le parquet justifie cette mesure par un incident survenu la veille, lors d’une opération de contrôle où l’ancien militaire aurait, selon lui, refusé la fouille de sa cellule et adopté une attitude agressive.
Ce transfert s’inscrit dans le contexte toujours sensible du procès du massacre du 28 septembre 2009, un événement fondateur de la violence politique contemporaine en Guinée. Toumba Diakité a été condamné en novembre dernier à dix ans de réclusion criminelle pour crimes contre l’humanité, aux côtés d’autres figures de l’ex-junte, dont son ancien chef, Moussa Dadis Camara. La prison centrale de Conakry, située à quelques centaines de mètres seulement du palais présidentiel, symbolise depuis des décennies l’incarcération des grands protagonistes des soubresauts politiques du pays.
Les perspectives immédiates sont marquées par une crise de confiance institutionnelle et une probable escalade procédurale. La défense de Toumba Diakité a annoncé son intention de combattre cette décision par toutes les voies légales. Ce conflit ouvert entre l’autorité judiciaire et les avocats risque de retarder ou de complexifier les procédures d’appel en cours, et de remettre en lumière les fragilités persistantes du système carcéral et judiciaire guinéen.
Les avocats de l’ancien aide de camp dénoncent une mesure « illégale » et « inadmissible », rejetant en bloc la version des faits présentée par le parquet. Me Lancinet Sylla affirme que son client ne s’est jamais rebellé lors de la fouille, dénonçant un « prétexte » pour le déplacer illégalement. Ils exigent le « rétablissement de la légalité » et son retour immédiat à la prison centrale, arguant qu’il a déjà purgé près de neuf ans de sa peine.
Au-delà de l’affrontement juridique, cet épisode met en exergue les défis de la gestion pénitentiaire en période de transition politique. L’argument de la préservation de l’ordre public, invoqué par les autorités, révèle la perméabilité constante entre enjeux sécuritaires, judiciaires et politiques dans un pays toujours en quête d’apaisement, plus de quinze ans après les faits jugés. La localisation stratégique de la prison centrale, au cœur du pouvoir, en fait un baromètre permanent des tensions qui traversent l’État guinéen.



