Le gouvernement zimbabwéen a approuvé, mardi, un projet de révision constitutionnelle aux implications majeures. Ce texte, porté par le ministre de la Justice Ziyambi Ziyambi, prévoit notamment d’allonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans et de modifier fondamentalement le mode d’élection du chef de l’État. Ces amendements, s’ils sont adoptés, consolideraient considérablement l’emprise du président Emmerson Mnangagwa, réélu en 2023 dans un scrutin contesté, et prolongeraient son actuellle tenure jusqu’en 2030.
Le cœur de la réforme repose sur deux piliers controversés. Premièrement, l’extension du mandat présidentiel à sept ans, renouvelable une seule fois, s’appliquerait rétroactivement. Le second mandat de Mnangagwa, entamé en 2023, serait donc recompté, lui offrant la perspective de rester au pouvoir jusqu’à l’âge de 87 ans. Deuxièmement, l’élection du président ne se ferait plus au suffrage universel direct, mais par le biais du Parlement, une chambre où le parti au pouvoir, la ZANU-PF, dispose d’une large majorité. En outre, le président se verrait accorder le droit de nommer directement dix sénateurs supplémentaires.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de perpétuelle recomposition des règles du jeu politique depuis l’accession au pouvoir d’Emmerson Mnangagwa en 2017, après un coup de force contre le feu Robert Mugabe. La Constitution de 2013, adoptée à la suite d’un référendum et saluée à l’époque pour ses avancées en matière de droits, a déjà été amendée à plusieurs reprises, souvent pour affaiblir les contre-pouvoirs. La ZANU-PF, au pouvoir sans interruption depuis l’indépendance en 1980, utilise son contrôle des institutions pour verrouiller le système, rendant toute alternance par les urnes extrêmement difficile.
Les perspectives, si ce projet est adopté par un Parlement sous contrôle, sont celles d’une présidentialisation accrue du régime et d’un affaiblissement durable des mécanismes démocratiques. Le passage à un scrutin indirect réduirait drastiquement le rôle de l’électorat dans le choix du président, transférant ce pouvoir aux députés de la majorité. Cette concentration des prérogatives exécutives et législatives entre les mains du parti-État risque d’exacerber les tensions dans un pays déjà fragilisé par une crise économique profonde et une répression régulière de l’opposition et de la société civile.
L’opposition politique et les observateurs dénoncent une manœuvre constitutionnelle destinée à perpétuer un régime autoritaire. Jacob Ngarivhume, leader de Transform Zimbabwe, a qualifié ces projets de « meurtre de la démocratie » et de voie vers une dictature enracinée. Des analystes juridiques soulignent que la modification rétroactive d’un mandat en cours pose une grave question d’éthique constitutionnelle et bafoue l’esprit du contrat entre l’électeur et l’élu.
Au-delà des aspects procéduraux, cette réforme témoigne de la stratégie de long terme de la ZANU-PF pour gérer sa propre succession, ou plutôt son absence. En écartant le risque d’une défaite électorale directe et en prolongeant le mandat de Mnangagwa, le parti reporte les luttes internes de faction et tente d’assurer une stabilité autoritaire. Cependant, cette stabilité est illusoire. Elle se fait au prix d’une exclusion politique massive et pourrait nourrir à moyen terme des frustrations sociales encore plus vives, dans un environnement économique qui reste désespérément précaire pour la majorité des Zimbabwéens.
La communauté internationale, notamment les partenaires régionaux de la SADC, se trouve une nouvelle fois face à ses contradictions. Alors que les principes démocratiques sont inscrits dans ses traités, elle a historiquement fait preuve de retenue dans ses critiques envers Harare. La manière dont elle réagira à cette réforme, perçue comme un recul démocratique flagrant, sera un test pour la crédibilité de son engagement en faveur de l’État de droit en Afrique australe. L’adoption de ce projet scellerait probablement l’avènement d’un système politique encore plus fermé, éloignant un peu plus le Zimbabwe d’une transition démocratique pacifique.



