Pour la première fois depuis son adhésion à l’Union africaine, la Somalie a été élue membre du Conseil de paix et de sécurité (CPS) pour un mandat de deux ans, 2026-2028. Cette élection, intervenue lors du 39e sommet de l’UA à Addis-Abeba, propulse Mogadiscio au cœur du mécanisme décisionnel le plus stratégique du continent en matière de prévention des conflits, de médiation et de maintien de la paix. Un tournant diplomatique majeur pour un État longtemps perçu comme un récipiendaire passif des interventions sécuritaires africaines.
La Somalie siègera aux côtés de neuf autres pays élus : la RDC, le Gabon, l’Ouganda, le Maroc, le Lesotho, l’Afrique du Sud, le Bénin, la Côte d’Ivoire et la Sierra Leone. La compétition, initialement très disputée, a été simplifiée par le retrait de dernière minute du Kenya et du Rwanda, quelques jours avant la réunion des ministres des Affaires étrangères. Cette redistribution des cartes a offert à Mogadiscio une voie d’accès facilitée à une instance où elle n’avait jamais siégé depuis la création du CPS en 2004.
Ce succès électoral ne doit rien au hasard. Il couronne une séquence diplomatique remarquablement menée par le président Hassan Sheikh Mohamud, qui avait présidé en janvier le Conseil de sécurité des Nations unies, quelques semaines seulement avant ce scrutin continental. La Somalie, qui fut durant deux décennies davantage un théâtre d’opérations des missions de l’UA qu’un acteur de leur conception, change ainsi radicalement de logiciel diplomatique. Elle démontre que sa résilience sécuritaire, certes fragile, s’accompagne désormais d’une capacité d’influence politique et institutionnelle.
Cette accession au CPS soulève néanmoins des interrogations légitimes sur la capacité réelle de Mogadiscio à assumer une telle responsabilité. Le pays reste confronté à une insurrection djihadiste persistante menée par les shebab, à des divisions politiques internes et à une fragilité chronique de ses institutions. Siégeant au CPS, la Somalie sera amenée à se prononcer sur des crises ailleurs sur le continent, y compris celles impliquant des pays contributeurs de troupes à la mission ATMIS actuellement déployée sur son propre sol. Un exercice d’équilibriste délicat.
Pour le président Hassan Sheikh Mohamud, cette élection constitue une « victoire historique » et un gage de crédibilité internationale. « Nous étions auparavant membre du Conseil de sécurité des Nations unies, et aujourd’hui nous siégeons au Conseil africain de paix et de sécurité. La confiance et le soutien dont la Somalie a bénéficié témoignent du changement positif qui s’opère dans le pays », a-t-il déclaré. Reste que ce récit triomphal devra être étayé par une action concrète au sein de l’institution, sous le regard exigeant de pairs qui mesureront l’écart entre l’affichage diplomatique et la réalité des capacités opérationnelles.
L’entrée de la Somalie au CPS pourrait également modifier les équilibres régionaux dans la Corne de l’Afrique, espace de rivalités intenses entre Addis-Abeba, Nairobi et Le Caire, sans oublier les Émirats arabes unis et la Turquie, influents acteurs extérieurs. Mogadiscio dispose désormais d’une tribune pour défendre ses priorités sécuritaires, notamment la transition post-ATMIS et le financement pérenne des forces somaliennes. Mais elle devra composer avec des partenaires qui furent ses tuteurs sécuritaires et qui sont devenus ses collègues. Une nouvelle donne dont les effets concrets ne se mesureront qu’à l’épreuve des dossiers brûlants qui attendent le CPS dans les mois à venir.



