La justice sud-coréenne a rendu son verdict, et il est sans appel. Jeudi 19 février, l’ancien président conservateur Yoon Suk-yeol a été reconnu coupable du crime de « direction d’insurrection » et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Le tribunal du district central de Séoul a ainsi sanctionné la tentative de l’ex-chef de l’État de renverser l’ordre constitutionnel en imposant la loi martiale en décembre 2024. Il échappe de justesse à la peine de mort, requise par le parquet, bien que le pays n’ait plus procédé à une exécution depuis 1997.
Les juges ont estimé que les actes de Yoon Suk-yeol relevaient bien d’une insurrection. Le 3 décembre 2024, dans une allocution surprise, il avait décrété la loi martiale et ordonné le déploiement de l’armée autour du Parlement pour en bloquer l’accès. L’objectif était clair : empêcher les députés, dominés par l’opposition, de contester sa décision. Le coup de force a cependant échoué en à peine six heures, des parlementaires réussissant à forcer le blocus pour voter la levée de la mesure, forçant le président à faire marche arrière. Le magistrat Ji Gwi-yeon a déclaré que la culpabilité de l’accusé était « établie », mettant fin à des mois de suspense judiciaire.
Ce verdict s’inscrit dans la crise politique majeure qui secoue la quatrième puissance asiatique depuis cette nuit de décembre. Le passage en force de Yoon Suk-yeol, élu de justesse en 2022, a été perçu comme un retour aux heures les plus sombres de la dictature militaire, un spectre que la Corée du Sud, devenue une démocratie florissante, croyait avoir conjuré. Cette tentative de subordination de l’Assemblée nationale par la force a conduit à la destitution du président en avril dernier et a profondément divisé l’opinion publique, opposant partisans d’un maintien de l’ordre et défenseurs intransigeants des institutions démocratiques.
L’avenir judiciaire de Yoon Suk-yeol, qui comparaissait détenu, ne s’arrête pas là. Bien qu’il ait déjà écopé de cinq ans d’emprisonnement pour des chefs secondaires liés à cet épisode, cette nouvelle condamnation à perpétuité est la plus lourde. Elle pourrait faire l’objet d’un appel, mais elle marque un tournant décisif. L’ancien président, qui a toujours nié les faits en invoquant une nécessité de « préserver la liberté » face à la « dictature législative » de l’opposition, devient le symbole d’une tentative de dérive autoritaire avortée par la réactivité des institutions.
La sanction ne s’arrête pas à l’ancien chef de l’État. La justice a également frappé l’ensemble de la chaîne de commandement impliquée dans ce fiasco. L’ex-ministre de la Défense, Kim Yong-hyun, considéré comme le bras armé de l’opération, a été condamné à trente ans de prison. L’ancien Premier ministre Han Duck-soo a écopé de vingt-trois ans d’incarcération fin janvier, tandis que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Lee Sang-min, a été condamné à sept ans de prison la semaine dernière. Ces lourdes peines traduisent la volonté du système judiciaire sud-coréen de faire un exemple et de sanctuariser l’ordre démocratique, en rappelant que toute tentative de le bafouer, au plus haut niveau de l’État, sera impitoyablement punie.



