L’ancien président sénégalais Macky Sall est officiellement candidat au poste de secrétaire général des Nations unies. Sa candidature a été présentée lundi 2 mars par le Burundi, en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine. L’ex-chef de l’État brigue ainsi la succession d’Antonio Guterres, dont le mandat s’achève en janvier prochain. Une annonce qui, si elle marque une étape importante pour la diplomatie africaine, provoque déjà de vives réactions à Dakar.
De façon inédite, ce n’est pas le Sénégal, pays d’origine du candidat, qui a porté sa candidature, mais le président burundais Évariste Ndayishimiye, également à la tête de l’Union africaine. Un choix de procédure qui interroge, d’autant que Macky Sall avait, dès le 5 février, adressé un courrier aux autorités sénégalaises pour solliciter leur soutien officiel. À ce jour, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye n’a pas encore formulé de réponse explicite, laissant planer un silence diplomatique pour le moins éloquent.
Au Sénégal, la candidature de Macky Sall ravive les fractures politiques des dernières années. Figure majeure de la scène ouest-africaine, l’ancien président a dirigé le pays pendant douze ans, marquant son passage par des réformes et des initiatives continentales saluées, mais aussi par une gestion contestée de l’opposition. Son bilan sécuritaire, émaillé par la mort d’au moins 65 manifestants entre 2021 et 2023 dans un contexte de contestation du troisième mandat, reste un point d’achoppement majeur dans le débat public.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Oumar Sarr, coordonnateur de la coalition d’opposition Front pour la défense de la démocratie et de la République, voit dans cette candidature une reconnaissance naturelle du rôle continental de Macky Sall. Son camp a même adressé un courrier au président Faye pour l’appeler à soutenir officiellement l’ancien chef de l’État. À l’inverse, le député du parti au pouvoir Pastef, Guy Marius Sagna, oppose une fin de non-recevoir radicale, qualifiant Macky Sall de « président qui a du sang sur les mains », inapte selon lui à incarner les valeurs de l’ONU.
Au-delà de la polarisation politique, cette candidature pose une question de fond : quel poids pèsera vraiment le Sénégal dans cette campagne si son propre gouvernement reste en retrait ? L’absence de soutien officiel de Dakar, conjuguée à l’initiative burundaise, pourrait affaiblir la crédibilité de la candidature de Macky Sall au sein même du continent. Alors que l’Union africaine milite pour une meilleure représentation de l’Afrique aux plus hautes fonctions onusiennes, cette division interne envoie un signal contradictoire.
Reste à savoir si Bassirou Diomaye Faye, dont l’élection a incarné une rupture avec l’ère Sall, choisira de tendre la main à son prédécesseur sur la scène internationale. Une décision délicate, entre intérêt diplomatique et impératifs de cohérence politique intérieure. D’ici janvier, Macky Sall devra convaincre bien au-delà du Sénégal. Mais c’est peut-être à Dakar que se jouera, en premier lieu, la crédibilité de son ambition onusienne.



