Le président djiboutien Ismail Omar Guelleh a officiellement lancé, ce week-end, sa campagne pour un sixième mandat. En poste depuis 1999, il brigue un nouveau quinquennat lors de l’élection présidentielle prévue le 10 avril. Sa longévité au pouvoir pourrait ainsi dépasser les trente ans, dans un pays stratégique de la Corne de l’Afrique, bordé par la mer Rouge.
Candidat sous la bannière de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), Guelleh a tenu son premier meeting à Dikhil, avant de se rendre à Ali Sabieh où une foule nombreuse, arborant les couleurs vertes de son mouvement, est venue soutenir sa candidature. Jusqu’au 8 avril, il doit poursuivre une tournée nationale couvrant l’essentiel du territoire. Dans ses discours, il met en avant la stabilité, l’emploi des jeunes et le renforcement des services publics, thèmes centraux de sa campagne.
Cette élection intervient dans un paysage politique profondément marqué par la concentration des pouvoirs. L’année dernière, le Parlement djiboutien a levé la limite d’âge constitutionnelle qui empêchait le président sortant de se représenter. Cette modification, décidée sans grande opposition institutionnelle, a ouvert la voie à un nouveau mandat. Depuis l’indépendance en 1977, le pays n’a connu que deux chefs de l’État, et Ismail Omar Guelleh, arrivé au pouvoir après la mort de son prédécesseur Hassan Gouled Aptidon, incarne une continuité que ses soutiens assimilent à la stabilité d’un État stratégique pour les puissances étrangères présentes sur ses bases militaires.
À moins d’un mois du scrutin, la campagne oppose deux visions nettement distinctes. Face au président sortant, Mohamed Farah Samatar, candidat du Centre démocratique unifié (CDU), porte un projet axé sur le « renouveau politique » et une plus grande implication des citoyens. Il a lancé sa campagne à Tadjourah avant de se rendre à Obock, cherchant à capter un électorat en quête d’alternance. Les prochains jours seront décisifs pour mesurer la capacité de l’opposition à transformer ses meetings en dynamique électorale, dans un pays où l’administration et les ressources de l’État sont traditionnellement mobilisées en faveur du pouvoir en place.
La présidentielle djiboutienne se déroule sous une attention régionale et internationale modérée en apparence, mais le pays demeure un point d’ancrage essentiel pour les opérations militaires occidentales, chinoises et arabes dans la zone du détroit de Bab el Mandeb. Cette position géopolitique singulière pèse indirectement sur les équilibres politiques internes, où la continuité est souvent présentée par le pouvoir comme un gage de sécurité pour les partenaires étrangers.
Sur le plan intérieur, la campagne se joue aussi dans les marges d’un espace civique très encadré. Si les meetings se multiplient, les médias publics réservent une couverture privilégiée au président sortant, et l’opposition dénonce régulièrement un accès inégal aux moyens de mobilisation. Dans ce contexte, la participation électorale du 10 avril sera scrutée comme un indicateur de la vitalité démocratique d’un pays où les scrutins passés ont souvent été marqués par des scores très larges en faveur du camp présidentiel.



