Le Cameroun a annoncé la radiation de plusieurs navires ayant obtenu frauduleusement son pavillon national. Cette décision, contenue dans un communiqué signé vendredi par le ministre des Transports, Jean Ernest Ngallé Bibéhé, marque le début d’une opération d’assainissement ordonnée par le Premier ministre. L’objectif est clair : nettoyer un registre maritime dont les failles ont été exploitées à grande échelle.
Des investigations ont révélé que ces navires opéraient en violation de la réglementation camerounaise et des conventions internationales. Plus grave encore, les enquêtes ont mis au jour l’existence de sites internet clandestins, basés au Cameroun comme à l’étranger, qui attribuaient le pavillon national en dehors de tout cadre légal. Ces plateformes agissaient comme des officines parallèles, sans contrôle ni autorisation des autorités maritimes.
Cette affaire s’inscrit dans un phénomène plus large : celui des pavillons de complaisance africains, souvent moins surveillés que leurs homologues européens ou asiatiques. Le Cameroun, comme d’autres États côtiers du golfe de Guinée, fait face à des pressions internationales croissantes pour renforcer la transparence de son registre maritime. Les pavillons frauduleux sont régulièrement utilisés pour la pêche illégale, le trafic de marchandises ou le contournement des sanctions internationales.
Les autorités camerounaises affirment avoir saisi les instances nationales et internationales compétentes afin de poursuivre les navires concernés et démanteler les réseaux impliqués. Reste à savoir si cette opération ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau ou le début d’une réforme structurelle. L’efficacité de la réponse dépendra de la capacité de Yaoundé à coopérer avec les organisations régionales comme la Commission du golfe de Guinée et les agences onusiennes.
Ce type de purge n’est pas nouveau au Cameroun, mais son annonce officielle par le ministre des Transports, avec la mention explicite de sites internet clandestins, signale une montée en puissance des moyens d’investigation numériques. Reste un point aveugle : aucune précision n’est donnée sur l’identité des armateurs, ni sur les navires radiés. Sans publication des noms, la communauté internationale ne pourra pas vérifier la portée réelle de cette mesure.
Enfin, cette affaire pose une question plus gênante : comment ces attributions frauduleuses ont-elles pu prospérer sans alerter plus tôt les services camerounais ? Si l’opération d’assainissement est louable, elle révèle aussi des failles administratives profondes. Le véritable test sera la poursuite pénale des responsables, au Cameroun comme à l’étranger. Faute de sanctions exemplaires, ces pavillons fantômes risquent de renaître sous d’autres formes numériques.



