Le Parlement camerounais réuni en Congrès extraordinaire à Yaoundé depuis le 2 avril examine un projet de révision constitutionnelle d’ampleur : la création d’un poste de vice président de la République. Ce nouvel acteur clé ne sera pas élu au suffrage universel. Il sera nommé directement par le chef de l’État, qui pourra également le révoquer à tout moment.
Le texte précise que le vice président assistera le président dans ses fonctions et exercera les pouvoirs qui lui seront délégués. En cas de vacance du pouvoir, pour cause de décès, d’incapacité ou de démission du chef de l’État, c’est désormais ce vice président qui assurera la continuité, avant toute autre autorité. Actuellement, cette responsabilité incombe au président du Sénat. La réforme modifie donc profondément l’ordre de succession, en plaçant une figure choisie sans vote populaire au sommet de l’urgence institutionnelle.
Cette proposition intervient dans un paysage politique où le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a toujours contrôlé étroitement les mécanismes de succession. Le Cameroun n’a jamais connu de vice président sous la Ve République. La modification constitutionnelle survient alors que la question de l’âge du président, 91 ans, alimente les spéculations sur une échéance à moyen terme. Le gouvernement justifie la réforme par un souci de stabilité. Pourtant, dans un régime où l’opposition dénonce régulièrement le verrouillage des institutions, cette initiative ravive la défiance.
L’adoption définitive du texte ne fait guère de doute, le Congrès étant dominé par le parti présidentiel, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Les véritables questions se situent après le vote. Qui Paul Biya choisira t il ? Sous quels critères ? Et surtout, ce vice président, une fois installé, pourrait il bénéficier d’une légitimité suffisante pour gérer une transition éventuelle ? Sans élection, son autorité reposera entièrement sur la seule nomination présidentielle. Un handicap politique majeur en cas de crise.
Plusieurs observateurs de la société civile camerounaise voient dans cette réforme un outil de gestion personnalisée de la succession, sans débat public ni contrôle démocratique. « On ne prépare pas l’avenir d’un pays en nommant un héritier dans l’ombre du palais », résume un analyste politique basé à Douala, qui requiert l’anonymat. Le risque est celui d’une fragilisation accrue des contre pouvoirs. À l’inverse, certains soutiens du régime estiment que cette flexibilité permet d’éviter une vacance chaotique. Mais dans un Cameroun marqué par des tensions sécuritaires dans les régions anglophones et une pression sociale latente, toute concentration discrétionnaire du pouvoir de succession reste un pari dangereux.



