Le Maroc vient de franchir une étape décisive dans la sécurisation d’une ressource stratégique méconnue. Londres annonce que Xtract Resources a obtenu une licence d’exploitation minière renouvelable de dix ans pour son projet Amghas, dans le nord ouest du pays. Objectif : produire de l’antimoine, un métal dont les chaînes d’approvisionnement mondiales sont aujourd’hui dominées par la Chine.
L’antimoine ne fait pas la une des médias comme le lithium ou le cobalt, mais son importance stratégique a brutalement augmenté. Il entre dans la fabrication d’équipements militaires, de munitions, de batteries, de semi conducteurs et de matériaux ignifugés. Xtract prévoit d’installer une unité de gravité traitant 70 000 tonnes de minerai par an, avant un passage à une flottation plus large. Les premiers concentrés sont attendus au quatrième trimestre 2026, avec des grades atteignant 65 % lors des essais métallurgiques.
La ruée vers l’antimoine s’inscrit dans un basculement géopolitique. Pékin contrôle l’essentiel de la production et du raffinage mondial, ce qui expose les pays occidentaux à des risques de ruptures ou de pressions commerciales. Washington, Bruxelles et d’autres capitales ont inscrit ce métal sur leur liste de ressources critiques. Pour le Maroc, ce projet s’ajoute à une stratégie nationale plus large : sortir du seul phosphate pour devenir un hub des minerais stratégiques, à la porte de l’Europe.
Reste à savoir si Amghas restera un projet modeste ou deviendra l’amorce d’une véritable filière marocaine de l’antimoine. Xtract évoque une usine de flottation plus grande pour traiter aussi la mine voisine d’Ighoud et d’autres fournisseurs tiers. Mais les investisseurs manquent encore d’informations essentielles : réserves totales, durée de vie de la mine, coûts de production et besoins en capitaux. La licence est un signal politique fort, mais la viabilité commerciale reste à prouver.
Sur le terrain, le groupe a déjà commencé à délocaliser des équipements depuis Casablanca vers le site d’Amghas. Sa filiale marocaine, Wildstone SARL, attend aussi le feu vert pour une unité de traitement par gravité. L’approvisionnement initial viendra de la mine Amghas et de petits exploitants locaux. Le président exécutif de Xtract, Colin Bird, qualifie cette licence d’étape majeure pour la stratégie antimoine du groupe au Maroc.
Pourtant, aucun rapport public détaillé n’indique le potentiel réel du gisement. Les études de faisabilité et environnementales sont finalisées, mais une estimation moderne des ressources fait défaut. Sans ces données, le projet pourrait peiner à convaincre les grands industriels européens en quête de sécurité d’approvisionnement. L’ambition marocaine est claire. Reste à transformer une autorisation administrative en une chaîne de valeur compétitive, dans un marché où la Chine ne cédera pas sa place sans résistance.



