L’Afrique du Sud ne siégera à aucune réunion du G20 en 2026. Le ministre des Finances, Enoch Godongwana, l’a annoncé sans détour : Washington n’a pas accrédité la délégation sud-africaine pour la prochaine réunion ministérielle à Miami. Une mise à l’écart inédite pour un membre historique du groupe.
Godongwana a précisé que cette non accréditation équivaut à une exclusion totale des travaux du G20 pour l’année en cours. « Nous avons décidé de faire une pause et d’y revenir sous la présidence britannique », a t il déclaré à la presse locale. Dit autrement : Pretoria ne conteste pas la décision américaine et choisit de reporter son retour effectif à 2027, lorsque Londres prendra la tête du forum. Une posture pragmatique qui évite une confrontation directe avec l’administration Trump.
Cette exclusion s’inscrit dans une dégradation ouverte des relations entre Pretoria et la Maison Blanche. Dès novembre 2025, Donald Trump avait annoncé que l’Afrique du Sud ne serait pas invitée au sommet du G20 prévu à Miami. Le motif officiel invoquait des divergences sur la politique étrangère sud africaine, notamment ses positions jugées proches de certains pays rivaux des États Unis. Ce coup de force diplomatique rappelle que la présidence du G20 confère à l’hôte un pouvoir discrétionnaire sur les invitations, sans contrôle juridique contraignant.
La « pause » forcée de Pretoria ouvre deux scénarios. Le premier : un affaiblissement temporaire de l’influence sud africaine sur les grands arbitrages financiers mondiaux, au moment où le pays cherche à attirer des investissements pour son plan de transition énergétique. Le second : une solidarité plus affirmée des pays émergents, qui pourraient voir dans cette exclusion un précédent dangereux. Si Londres maintient l’intégralité du G20 en 2027, Pretoria retrouvera sa place. Mais le signal est clair : aucun membre n’est à l’abri d’une rétorsion bilatérale.
Aucune voix officielle de l’Union africaine n’a condamné cette exclusion. Pourtant, l’UA est devenue membre permanent du G20 depuis 2023. Ce silence en dit long sur les marges de manœuvre réelles du continent face à une puissance hégémonique. Les diplomates ouest africains interrogés en off estiment que « contester Washington sur une question protocolaire serait contre productif ». Une analyse réaliste, mais qui confirme la fragilité des acquis diplomatiques africains.
Dans la presse sud africaine, l’opposition politique dénonce un manque de fermeté du gouvernement Ramaphosa. Certains éditorialistes rappellent que l’Afrique du Sud avait elle même exclu la Russie du sommet des Brics en 2024 sous pression occidentale. Une ironie amère : Pretoria subit aujourd’hui la logique qu’elle a appliquée hier. Le ministre Godongwana, lui, assume le choix de l’apaisement. « Nous reviendrons plus forts en 2027 », a t il martelé. Pari risqué.



