Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye s’est rendu samedi à Banjul pour une visite de travail express, à l’invitation de son homologue gambien Adama Barrow. Officiellement, l’ordre du jour porte sur le renforcement du partenariat bilatéral, l’intégration régionale, la sécurité et le développement partagé. Rien de spectaculaire en apparence. Pourtant, cette rencontre, sobrement présentée par les deux présidences, intervient à un moment où les relations entre les deux pays, unis par une géographie unique et une histoire tourmentée, restent sous-exploitées.
Les discussions entre Diomaye Faye et Adama Barrow devraient aborder des dossiers concrets longtemps laissés en suspens. La coopération douanière, la fluidité du transit des marchandises à l’intérieur du territoire gambien qui coupe le Sénégal en deux, la gestion des pêcheries communes, et la lutte contre l’orpaillage clandestin figurent parmi les sujets brûlants. La présidence sénégalaise a rappelé que les liens entre les deux rives dépassent les frontières, évoquant un « destin de proximité unique dans la sous région ». Une formule élégante, mais qui ne dit rien des blocages concrets qui persistent.
Pour comprendre l’enjeu réel, il faut rappeler que la Gambie, minuscule bande de terre de moins de 11 000 kilomètres carrés, est totalement enclavée dans le Sénégal, à l’exception de son littoral atlantique. Cette singularité géographique aurait dû faire des deux pays un modèle d’intégration. Or, depuis l’indépendance, les relations ont oscillé entre méfiance, tentatives avortées de confédération dans les années 1980, et tensions sporadiques. Sous Yahya Jammeh, la Gambie s’était isolée. Depuis l’arrivée d’Adama Barrow en 2017, Dakar et Banjul affichent une volonté de coopération renforcée, mais les actes peinent à suivre le discours.
Les perspectives de cette visite dépendent de la capacité des deux présidents à sortir des déclarations convenues. Diomaye Faye, au pouvoir depuis à peine quelques mois, a besoin de résultats tangibles sur le front économique et sécuritaire, deux sujets sensibles pour son opinion publique. Adama Barrow, de son côté, est en campagne pour sa propre succession et pourrait voir dans un rapprochement réussi un atout politique. Mais rien ne dit que les administrations respectives, souvent peu coordonnées, suivront le mouvement. La vraie avancée serait de lancer des projets concrets, comme la mise en place d’un poste de contrôle unique au niveau des frontières ou un accord sur l’exploitation partagée des ressources halieutiques.
Ce rapprochement diplomatique intervient dans un contexte sous régional troublé. La rupture annoncée du Sénégal, du Burkina Faso, du Mali et du Niger avec la Cedeao fragilise les cadres traditionnels de coopération ouest africaine. Dakar et Banjul, tous deux restés fidèles à l’organisation régionale, ont intérêt à montrer qu’une intégration bilatérale efficace est possible sans attendre des solutions venues de Lomé ou d’Abuja. Reste une question brutale : cette visite changera t elle vraiment la vie des populations qui vivent de part et d’autre du fleuve Gambie, ou ne sera t elle qu’un énième rituel diplomatique sans lendemain ? La réponse viendra des actes, pas des communiqués.



