Alors que les capitaux étrangers se retirent du continent sous l’effet de l’insécurité et de la dégradation des conditions économiques, une nouvelle génération de start-up africaines attire désormais l’attention en s’appuyant sur des investisseurs locaux. Selon la liste « 25 Startups to Watch in Africa 2026 » de Bloomberg, ces entreprises ne cherchent plus à copier la Silicon Valley : elles comblent des failles concrètes, comme l’absence de banques, la faiblesse des systèmes de santé ou l’explosion des risques sécuritaires.
Parmi les dix pépites mises en avant, plusieurs se distinguent par leur approche résolument pragmatique. Au Nigeria, Terra Industries lève 34 millions de dollars pour produire des drones de surveillance face à la montée de l’insécurité dans toute l’Afrique de l’Ouest. En Tanzanie, Black Swan contourne l’absence de bureaux de crédit traditionnels grâce à son logiciel Manka, qui analyse les historiques de paiement mobile pour accorder des prêts aux petits commerçants. Au Cameroun, Nkwa transforme le téléphone en tirelire numérique pour les travailleurs informels. Toutes répondent à un même constat : l’infrastructure publique ne suit plus.
Ce virage local n’est pas un effet de mode, mais une nécessité. Depuis deux ans, l’inflation, la dette et l’instabilité politique ont refroidi les grands fonds occidentaux. Résultat : les start-up qui survivent sont celles capables de capter l’épargne et les capitaux régionaux. Ce faisant, elles tournent le dos à un modèle d’hypercroissance financée par l’extérieur pour adopter une logique de résilience. Le classement de Bloomberg, souvent critiqué pour son biais anglo-saxon, inclut cette fois davantage de pays francophones (Côte d’Ivoire, Cameroun) et de solutions low tech adaptées aux économies de cash.
Les implications sont claires : à moyen terme, les États africains pourraient être tentés de s’appuyer sur ces entreprises privées pour déléguer des missions régaliennes ou sociales, de la sécurité sanitaire au ciblage des subventions. Mais cette délégation pose question. Que se passe t il si Terra Industries, start-up de la défense, cesse ses activités dans une zone de conflit ? Ou si Remedial Health, qui lutte contre la contrefaçon de médicaments, se retire du marché ? Sans cadre réglementaire, l’innovation risque d’accentuer les inégalités d’accès aux services essentiels.
Prenons l’exemple de Remedial Health. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la contrefaçon pharmaceutique tuerait près de 500 000 personnes par an en Afrique subsaharienne. En proposant une plateforme vérifiée à plus de 14 000 pharmacies nigérianes, cette start-up sauve des vies mieux que bien des ministères. Pourtant, sa viabilité dépend de paiements flexibles et de volumes critiques. Sans soutien public, même la meilleure innovation reste fragile face à des réseaux de faux médicaments bien établis.
Le signal le plus fort vient peut être de l’internationalisation sud sud. Omnisient a déjà aidé plus de trois millions de Sud Africains non bancarisés à entrer dans le système financier classique. Sycamore étend ses produits aux diasporas africaines du Royaume Uni. Et PawaPay agrège des dizaines de réseaux de mobile money en une seule passerelle, permettant aux entreprises panafricaines d’ignorer les frontières monétaires. Ces start up ne se contentent pas de colmater des brèches : elles construisent silencieusement un nouveau soubassement économique, loin des projecteurs occidentaux. Reste à savoir si les pouvoirs publics sauront en faire des partenaires, ou s’ils les laisseront s’épuiser à remplacer l’État.
Les 10 startups africaines à suivre de près
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Terra Industries (Nigeria) – Drones et surveillance pour la sécurité.
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Black Swan (Tanzanie) – Crédit alternatif via IA et données mobiles.
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10mg Health (Nigeria) – Financement de trésorerie pour cliniques et pharmacies.
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Hub2 (Côte d’Ivoire) – Paiements B2B transfrontaliers en Afrique francophone.
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Remedial Health (Nigeria) – Lutte contre les faux médicaments et approvisionnement pharmaceutique.
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Omnisient (Afrique du Sud) – Création de profils de crédit pour non bancarisés.
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Sycamore (Nigeria) – Prêts numériques aux petites entreprises.
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Nkwa (Cameroun) – Micro épargne mobile pour l’économie informelle.
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PawaPay (Panafricain) – Passerelle unique pour multiples réseaux mobile money.
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WorkPay (Kenya) – Gestion RH, paie et conformité fiscale multi pays.



