Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a conclu à Abidjan un dialogue consultatif d’ampleur sur la création d’une Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD). Objectif affiché : réduire le déficit de financement structurel du continent, évalué à 400 milliards de dollars par an. À l’issue des travaux, les participants ont adopté un « Consensus d’Abidjan » en onze points, feuille de route destinée à lever les obstacles à la mobilisation des ressources.
Ce consensus fixe des engagements concrets pour orienter les masses d’épargne africaine, estimées à 4 000 milliards de dollars à moyen et long terme, vers des investissements productifs. Neuf groupes de travail ont planché sur des instruments et mécanismes opérationnels. Les signataires prévoient un suivi régulier, avec une coordination continue et des évaluations annuelles, afin d’éviter que ces déclarations d’intention ne restent lettre morte. La BAD veut ainsi répondre à un constat brutal : les capitaux africains fuient le continent ou dorment sur des comptes extérieurs.
Le président de la BAD, Sidi Ould Tah, a martelé pendant le dialogue l’inadéquation des mécanismes actuels de financement du développement en Afrique. Ces derniers, hérités des accords de Bretton Woods, peinent à capter l’épargne locale et à la transformer en levier de transformation structurelle. Le dialogue s’est tenu sous le patronage du président ivoirien Alassane Ouattara, ouvert par le Premier ministre Robert Beugré Mambé. Un choix politique fort : Abidjan, hub financier régional, accueille ce pari souverainiste.
La NAFAD ne se résume pas à une énième déclaration. Elle ambitionne de créer des instruments financiers africains, de réformer les banques de développement nationales et de mieux articuler épargne privée et investissements publics. Reste une inconnue : la volonté réelle des États de renoncer à certaines marges de manœuvre au profit d’une architecture commune. Sans mécanismes contraignants et sans capacité à sanctionner les mauvais élèves, le Consensus d’Abidjan risque de rejoindre la longue liste des bonnes intentions continentales non appliquées.
L’économiste Carlos Lopes, intervenu en séance plénière, a mis les pieds dans le plat : les mécanismes concessionnels traditionnels, pilotés par des institutions extérieures à l’Afrique, sont insuffisants pour porter l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Selon lui, aucune transformation économique à grande échelle ne sera possible sans un contrôle accru des circuits de financement. Un rappel brutal, alors que la dette publique africaine atteint des sommets et que les conditions des bailleurs se durcissent.
Le ministre ivoirien de la Planification, Souleymane Diarrassouba, a présenté le Consensus comme une étape clé vers la refonte du système financier africain. Reste à savoir si ce sursaut technique et politique résistera aux intérêts nationaux et aux pressions des places financières extérieures. Les prochains douze mois seront décisifs : le passage de la parole aux actes exigera des réformes législatives douloureuses et une transparence que les États africains ont rarement pratiquée. La BAD a ouvert une brèche. Reste à ne pas la refermer trop vite.



