L’ancien président sénégalais Macky Sall est auditionné ce mercredi 22 avril 2026 à 19 heures (heure de New York) par l’Assemblée générale des Nations Unies, dans le cadre du processus de désignation du prochain secrétaire général. Candidat officiel depuis le 2 mars, proposé par le Burundi, il doit présenter une vision centrée sur la refonte du multilatéralisme et le rétablissement de l’efficacité d’une organisation qu’il juge en crise « profonde et systémique ».
L’audition s’inscrit dans une série de dialogues interactifs organisés sur deux jours. Mardi, les anciennes cheffes d’État chilienne Michelle Bachelet et la Costaricienne Rebeca Grynspan, ainsi que le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Mariano Grossi, ont déjà été entendus. Macky Sall clôturera ces auditions. Dans son document de vision intitulé « Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur », il structure son projet autour de trois piliers : lier paix, sécurité et développement dans une approche intégrée ; revitaliser la coopération internationale ; et réformer la gouvernance interne de l’ONU, notamment sur la transparence, l’efficacité et la rationalisation des ressources.
Le processus de sélection du secrétaire général onusien reste largement dominé par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, dotés du droit de veto. L’Afrique, qui n’a pas occupé ce poste depuis Boutros Boutros Ghali (1992-1996), revendique une plus grande représentation. Macky Sall, fort de douze ans à la tête du Sénégal et de près de quatre décennies d’expérience publique, incarne une candidature africaine assumée. Pourtant, son bilan intérieur – marqué par une gestion contestée de la transition démocratique après 2024 – pèse dans l’ombre sur sa crédibilité diplomatique, même si ses soutiens mettent en avant son pragmatisme et sa connaissance des arcanes du pouvoir.
La phase décisive se joue désormais au Conseil de sécurité, où les consultations informelles détermineront le nom recommandé à l’Assemblée générale. L’issue dépendra des équilibres géopolitiques : Washington, Pékin et Moscou observeront avec attention la position de Paris, traditionnellement appuyé sur ses relais africains. Si Macky Sall parvient à convaincre par son discours réformateur, il devra encore surmonter le scepticisme des États du Sud sur sa capacité à rompre avec une gouvernance onusienne jugée inefficace. En cas d’échec, l’Afrique devra attendre un prochain cycle, renforçant la frustration du continent face à une représentation internationale toujours inégale.
L’ancien président mise sur un leadership dit « orienté résultats », hérité de son expérience à la tête du Sénégal. Ses partisans rappellent qu’il a piloté des réformes économiques controversées mais saluées par les institutions financières internationales, et qu’il a joué un rôle clé dans la médiation de crises régionales, notamment en Guinée et au Mali. Pourtant, ses détracteurs pointent une gestion autoritaire croissante en fin de mandat et des accusations de dérive clientéliste. L’audition de ce mercredi ne sera donc pas seulement un exercice de style diplomatique : elle révélera si Macky Sall parvient à faire oublier ses fragilités domestiques pour incarner une véritable rupture à la tête des Nations Unies.
Le silence des grandes capitales africaines sur cette candidature est aussi un signal. Aucun soutien officiel massif ne s’est encore dégagé de l’Union africaine, divisée entre partisans d’un candidat unique et défenseurs d’une approche plus compétitive. Macky Sall avance donc seul, fort de son seul parrainage burundais. Dans ce contexte, son audition ne suffira pas à inverser la tendance. C’est dans les couloirs du Conseil de sécurité, loin des projecteurs, que se décidera véritablement sa chance de devenir le premier secrétaire général ouest-africain de l’histoire de l’ONU.



