Le groupe Dangote accélère sa mue industrielle. Le lundi 20 avril, l’américain Honeywell a annoncé un accord pour fournir des technologies de procédés et des catalyseurs au géant nigérian, afin de produire localement des intrants pour les plastiques et les détergents. L’objectif est clair : transformer la raffinerie de Lekki, déjà la plus grande d’Afrique avec 650 000 barils par jour, en une plateforme intégrée de pétrochimie capable de capter bien plus de valeur que le simple carburant.
Concrètement, Dangote va déployer la technologie Oleflex de Honeywell UOP pour produire 750 000 tonnes supplémentaires de propylène par an, une matière première stratégique pour les emballages et les biens de consommation. Parallèlement, le groupe produira 400 000 tonnes annuelles de linéaire alkylbenzène (LAB), un composant essentiel des détergents et produits de nettoyage. À pleine capacité, l’unité de LAB de Lekki devrait figurer parmi les plus grandes au monde. Les deux projets doivent être réalisés en trois ans. Les montants financiers n’ont pas été dévoilés, mais l’opération prolonge une collaboration d’une décennie entre Dangote et Honeywell, déjà présent sur le site pour l’automatisation et l’ingénierie.
Ce virage technologique intervient alors que le Nigeria reste massivement dépendant des importations de produits industriels, une hémorragie de devises et une fragilité structurelle que Dangote entend briser. Il y a six mois, le groupe avait déjà confié à l’allemand Thyssenkrupp un contrat pour optimiser sa production d’urée, visant l’autosuffisance du pays. Aujourd’hui, Dangote ne se contente plus de raffiner : il veut substituer les importations sur des segments à haute marge, là où le raffinage classique, souvent volatil et soumis aux aléas des prix du brut, montre ses limites.
Le marché mondial du LAB est attendu à 11,5 milliards de dollars d’ici 2030, selon Grand View Research. Dangote ne vise donc pas seulement le Nigeria, mais aussi l’exportation vers l’Afrique de l’Ouest et au delà, avec l’ambition de s’insérer dans les chaînes d’approvisionnement internationales. Ce repositionnement s’inscrit dans une tendance lourde des économies émergentes : les acteurs énergétiques intègrent la pétrochimie pour stabiliser leurs revenus et améliorer leurs marges. Le modèle se rapproche des grands complexes combinant raffinage et chimie, capables de transformer le brut en produits industriels à forte valeur ajoutée.
« Cette collaboration renforce notre vision de consolidation du secteur industriel nigérian », a déclaré Aliko Dangote, PDG du groupe. Il y voit un levier pour l’indépendance des chaînes d’approvisionnement du pays et sa croissance économique. Mais au delà du discours, c’est toute la stratégie du conglomérat qui se dessine : atteindre 100 milliards de dollars de revenus, via des investissements croisés dans les engrais, les infrastructures et d’autres segments industriels. Reste une question : le Nigeria parviendra t il à offrir l’électricité, la logistique et la sécurité juridique nécessaires à cette ambition ? Car sans environnement stable, même les plus belles usines tournent au ralenti.



