Quelque 470 réfugiés congolais ont été rapatriés jeudi du Burundi vers la République démocratique du Congo, dans le cadre d’un premier convoi organisé par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Tous avaient fui les violences dans l’est de la RDC ces derniers mois. Leur retour, bien que volontaire, soulève des questions sur les conditions de sécurité dans les zones encore instables de leur pays d’origine.
Partis du camp de Busuma, dans le sud est du Burundi, ces réfugiés ont été transportés par une quinzaine de bus affrétés par le HCR. La représentante de l’agence onusienne au Burundi, Brigitte Mukanga Eno, a précisé que de nouveaux convois suivraient, deux fois par semaine, avec à chaque fois environ un millier de personnes. Ce mouvement organisé répond à une réalité de terrain : depuis la réouverture de la frontière entre les deux pays fin février, des départs spontanés avaient déjà été observés.
Depuis la prise de la ville d’Uvira par des groupes armés, plus de 100 000 Congolais ont traversé la frontière pour trouver refuge au Burundi. L’est de la RDC est en proie à une violence chronique, alimentée par des dizaines de milices locales et la présence du M23, soutenu selon plusieurs rapports de l’ONU par le Rwanda voisin. Ce nouvel afflux de réfugiés s’inscrit dans une crise humanitaire régionale que les mécanismes de retour peinent à résoudre.
Les autorités burundaises, congolaises et le HCR entendent désormais “faciliter le retour de ceux qui veulent rentrer”. Reste à savoir si cette politique de rapatriement massif ne précède pas une stabilisation réelle sur le terrain. Les réfugiés regagnent des zones où les combats peuvent reprendre à tout moment, et où les infrastructures sanitaires, scolaires et routières sont souvent dévastées. Un retour sans accompagnement adéquat risque de produire une nouvelle vulnérabilité.
Sur place, des témoignages de réfugiés font état d’un dilemme : rester dans des camps burundais surpeuplés ou rentrer chez eux pour retrouver leurs terres, parfois occupées par des groupes armés. Le HCR assure que chaque retour est individuellement consenti, mais les observateurs indépendants rappellent que la pression économique et le manque de perspectives au Burundi peuvent influencer ces choix. Dans les faits, la frontière rouverte ne garantit pas la paix retrouvée.
Ce rapatriement intervient aussi dans un contexte diplomatique tendu entre le Burundi et la RDC, tous deux membres de la région des Grands Lacs. Si Bujumbura cherche à alléger la charge de ses camps, Kinshasa voit dans ces retours un signe politique de regain de contrôle sur ses provinces orientales. Mais sans désarmement des milices ni cadre de réintégration durable, ces convois pourraient n’être qu’un pansement sur une hémorragie qui dure depuis trois décennies.



