Le Ghana a officiellement convoqué le haut-commissaire par intérim de l’Afrique du Sud à Accra, après une série d’actes xénophobes visant des ressortissants étrangers, dont des Ghanéens. Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a exprimé une vive préoccupation face à des vidéos virales montrant des intimidations et du harcèlement. Un incident dans le KwaZulu Natal, où un ressortissant ghanéen en situation régulière a été sommé de prouver son statut légal avant d’être invité à quitter le pays, a cristallisé la colère d’Accra.
Accra ne se contente pas d’une simple protestation. Le gouvernement ghanéen a exigé des mesures immédiates pour garantir la sécurité de ses citoyens et des assurances fermes contre toute récidive. Selon le ministère des Affaires étrangères, la montée des tensions est telle que certains étrangers restent confinés, par crainte pour leur sécurité. Aucune victime n’a été officiellement signalée, mais les autorités ghanéennes rappellent que les précédentes vagues xénophobes en Afrique du Sud ont causé des morts et des destructions massives.
Ce rappel à l’ordre n’est pas anodin. Le Ghana entretient avec l’Afrique du Sud des liens historiques profonds, marqués par le soutien actif d’Accra à la lutte contre l’apartheid. En convoquant le diplomate sud africain, le chef de la diplomatie ghanéenne a explicitement évoqué cette dette morale et politique. Un geste lourd de sens : il souligne que Pretoria, libérée du joug raciste grâce aussi à la solidarité africaine, ne saurait aujourd’hui tolérer que des ressortissants d’autres pays africains y soient traités comme des indésirables.
La balle est désormais dans le camp sud africain. Le haut commissaire par intérim a promis que son gouvernement suit la situation de près, prend des dispositions pour rétablir le calme et veillera à ce que les auteurs répondent de leurs actes. Des paroles à transformer en actes, sous peine de voir le Ghana durcir encore sa position diplomatique. Car Accra ne cache pas son intention de poursuivre les démarches nécessaires auprès de toutes les instances compétentes, y compris, si besoin, au niveau continental.
Ce type d’incidents n’est pas nouveau. Depuis des années, l’Afrique du Sud est régulièrement secouée par des violences anti étrangers, visant notamment des commerçants et travailleurs nigérians, zimbabwéens, somaliens ou malawites. Mais cette fois, c’est le Ghana qui hausse le ton. Or, Accra jouit d’un capital moral important sur le continent, et sa prise de parole risque d’en entraîner d’autres. À Pretoria, on sait que la patience des partenaires régionaux s’amenuise. L’affaire dépasse désormais le simple incident local : elle interroge la capacité de l’Afrique du Sud à assumer son rôle de puissance régionale tout en protégeant réellement les Africains présents sur son sol.



