Les réserves de changes des banques centrales africaines ont atteint 530 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 50 milliards par rapport à 2024. Cette progression spectaculaire, révélée par le dernier rapport de l’Africa Finance Corporation, est largement portée par la flambée des cours de l’or et par des achats massifs de lingots. Une tendance qui marque un tournant dans la stratégie de sécurisation financière du continent.
L’or représente désormais 17% des réserves totales africaines, contre moins de 10% en 2022. Les quantités physiques détenues par les banques centrales sont passées de 663 tonnes à environ 738 tonnes sur la même période. L’Égypte, le Ghana, la Tanzanie et le Zimbabwe figurent parmi les pays les plus actifs dans cette accumulation. Ce n’est pas un effet de stock passif. C’est un choix délibéré de diversification face à un dollar jugé trop vulnérable aux aléas politiques et monétaires mondiaux.
Ce mouvement s’inscrit dans une réalité plus large. Depuis plusieurs années, les banques centrales du monde entier sont devenues des acheteuses nettes d’or. La raison est simple : l’inflation persistante, la volatilité des devises, les tensions géopolitiques et le durcissement des conditions de financement international ont fragilisé la confiance dans les actifs traditionnels. Pour l’Afrique, où les pressions sur les importations, les dettes souveraines et les monnaies locales sont chroniques, disposer de réserves solides est une question de survie économique.
Les perspectives restent contrastées. Si les prix de l’or sont restés historiquement élevés jusqu’en 2026, leur trajectoire future dépendra des décisions des grandes banques centrales occidentales et de l’évolution des conflits mondiaux. Le rapport de l’AFC anticipe toutefois un changement structurel : l’or n’est plus une simple réserve de valeur, mais un outil actif de stabilisation. À moyen terme, plusieurs pays pourraient revoir à la hausse la part de l’or dans leurs réserves, quitte à réduire leur exposition au dollar et à l’euro.
Le Nigeria illustre à lui seul les promesses et les fragilités de cette stratégie. Fin 2025, ses réserves brutes sont passées d’environ 40,8 à 45,5 milliards de dollars, grâce aux réformes du marché des changes et aux revenus pétroliers. La banque centrale espérait atteindre 51 milliards en 2026. Mais en avril 2026, les réserves sont retombées à 48,6 milliards, plombées par le service de la dette et les interventions sur le marché des devises. L’or protège, mais ne supprime pas les déséquilibres internes.
La véritable leçon de ce gold boom est ailleurs. Les réserves africaines restent faibles au regard des besoins du continent : 530 milliards de dollars couvrent à peine quelques mois d’importations pour l’ensemble des 54 pays. L’or achete de la marge de manœuvre, mais ne remplace ni une politique budgétaire rigoureuse, ni une production locale robuste, ni une intégration financière régionale. Les banques centrales l’ont compris. Ce n’est pas une fin en soi. C’est un outil parmi d’autres dans un monde où les certitudes monétaires n’existent plus.



