Le gouvernement de transition malien a annoncé, dimanche 26 avril 2026, la mort du général de corps d’armée Sadio Camara, ministre d’État chargé de la Défense et des Anciens Combattants. Il a succombé à ses blessures après une attaque terroriste survenue la veille à Kati, ville garnison située à une quinzaine de kilomètres de Bamako. L’information, confirmée par un communiqué officiel, plonge la junte au pouvoir dans une crise sécuritaire et politique d’une violence inédite depuis le putsch de 2020.
Selon les autorités, l’attaque a eu lieu dans la matinée du 25 avril. Un véhicule piégé conduit par un kamikaze a visé la résidence privée du ministre. Le général Camara, ancien chef d’état‑major de l’armée, a opposé une riposte immédiate, neutralisant plusieurs assaillants avant d’être grièvement blessé lors des échanges de tirs. Transporté d’urgence à l’hôpital, il est mort quelques heures plus tard. Le bilan est lourd : l’explosion a fait s’effondrer sa résidence, détruisant également une mosquée voisine et tuant plusieurs fidèles. Le nombre exact de victimes civiles et militaires n’a pas encore été communiqué.
Figure centrale de l’appareil sécuritaire malien, Sadio Camara était l’un des hommes de confiance du président de la transition, le général Assimi Goïta. Nommé ministre de la Défense en 2021, il avait déjà occupé ce poste après le premier putsch d’août 2020. Sa stratégie, axée sur la coopération avec le groupe Wagner (devenu Africa Corps) et la rupture avec l’ancienne alliance française Barkhane, avait redessiné la guerre antiterroriste au Mali. Son décès intervient alors que la junte promet une élection présidentielle fin 2026, dans un pays où les groupes jihadistes affiliés à Al‑Qaïda et à l’État islamique contrôlent toujours de vastes zones rurales.
La disparition de Sadio Camara affaiblit directement l’équipe sécuritaire de Goïta, qui perd son principal stratège et son relais opérationnel au sein des forces armées. À court terme, deux scénarios s’opposent : soit une succession rapide par un autre officier fidèle à la junte pour maintenir la cohésion, soit une lutte d’influence interne entre les généraux. Sur le terrain, les groupes terroristes pourraient chercher à exploiter ce vide pour multiplier les frappes symboliques. Les funérailles nationales annoncées par le gouvernement seront aussi un test de la capacité de la transition à canalyser la colère populaire et à éviter les dérives sécuritaires.
Sadio Camara n’était pas un ministre de la Défense ordinaire. Polytechnicien de formation, passé par l’école de guerre de Koulikoro, il incarnait la ligne « dure » de la transition : refus de négocier avec les jihadistes, modernisation accélérée de l’armée et recours systématique aux frappes de drones. Proche des cercles panafricanistes de Bamako, il avait aussi joué un rôle clé dans la rupture diplomatique avec la France. Son homélie funèbre sera sans doute l’occasion de mesurer l’unité réelle des militaires au pouvoir.
Que le ministre de la Défense soit tué dans sa propre résidence, à Kati, cœur névralgique du pouvoir militaire malien, est un aveu d’échec renversant. Cette ville abrite l’état‑major général, une base aérienne et la plupart des logements officiels. L’attaque révèle soit une infiltration terroriste des services de renseignement locaux, soit une négligence impardonnable du protocole sécuritaire. Pour la population malienne, déjà lasse des attentats récurrents dans le centre et le nord, ce drame à portée de fusil de la capitale sonne comme une alerte : aucune zone n’est plus à l’abri.



