Le géant turc Tosyali Holding a annoncé, depuis le salon Tube & Wire Fair à Düsseldorf, son intention d’investir 2,5 milliards de dollars dans un nouveau complexe sidérurgique en Algérie. Ce projet, dévoilé par le président du groupe Fuat Tosyalı, vise à produire des matières premières destinées à l’industrie automobile et aux hydrocarbures. Une annonce qui renforce la position de l’Algérie comme hub industriel régional, tout en soulevant des questions sur sa capacité à honorer ses engagements locaux.
Ce second complexe viendrait compléter l’usine historique de Bethioua, à 60 kilomètres à l’est d’Oran. Sa capacité totale est estimée à 1,6 million de tonnes, dont 700 000 tonnes dédiées à l’acier de qualité automobile. L’Algérie impose en effet aux constructeurs étrangers un taux d’intégration locale croissant : 10 % après deux ans d’exploitation, 30 % après cinq ans. Les premières livraisons pour l’automobile sont attendues au troisième trimestre 2026. Une échéance serrée, compte tenu des retards chroniques dans les grands projets industriels du pays.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie algérienne de réduction des importations et de développement d’une filière sidérurgique locale. Depuis plusieurs années, Alger a interdit l’importation de nombreux produits en acier pour forcer l’émergence d’une offre nationale. Tosyali est déjà un acteur clé : son premier complexe, entré en fonctionnement en 2013, affiche une capacité annuelle de 6,5 millions de tonnes, produisant barres d’armature, bobines, fils machine et tuyaux en spirale. Le groupe turc, fondé en 1961, opère près de 40 usines à travers le monde, dont en Espagne, Angola et Sénégal, et emploie plus de 15 000 personnes.
L’approvisionnement en minerai de fer sera assuré localement, notamment par le gisement de Gara Djebilet, près de Tindouf, dans le sud ouest algérien. Inaugurée en février, cette mine à ciel ouvert recèle des réserves estimées à 3,5 milliards de tonnes. Tosyali a d’ailleurs déjà entamé, avec la Société algérienne de recherche et d’exploitation minière (SONAREM), la construction d’une unité de traitement primaire du minerai extrait de ce site. Reste à savoir si les infrastructures locales, notamment ferroviaires et énergétiques, suivront le rythme pour acheminer cette matière brute jusqu’aux zones de transformation côtières.
Ce nouvel investissement pose néanmoins plusieurs questions de fond. D’abord, la viabilité économique d’une telle capacité, alors que le marché automobile algérien reste atone et que les constructeurs peinent encore à s’implanter durablement. Ensuite, la gouvernance des projets miniers et industriels dans un pays où la bureaucratie et les retards de paiement ont déjà dissuadé plus d’un partenaire étranger. Enfin, l’impact environnemental : la sidérurgie est l’une des industries les plus émettrices de carbone, et ni Tosyali ni l’État algérien n’ont pour l’instant détaillé de plan de décarbonation à la hauteur des enjeux.
**Pour l’instant, le groupe turc affiche sa confiance. Fort de son expérience locale et de ses liens historiques avec le pouvoir algérien, Tosyali parie sur une montée en gamme de l’industrie nationale. Mais l’échec des précédentes tentatives de développement automobile en Algérie, couplé à une instabilité réglementaire chronique, incite à la prudence. Ce projet pourrait être un levier de transformation, à condition que toutes les parties prenantes tiennent leurs promesses. À défaut, il ne serait qu’un de plus dans le long catalogue des infrastructures sous exploitées du Maghreb.



