Le Ghana ne veut plus être un simple spectateur de la révolution technologique. Le vendredi 24 avril à Accra, le président John Dramani Mahama a officiellement lancé la Stratégie nationale d’intelligence artificielle, un plan de 80 pages qui vise à faire de l’IA le levier central de la transformation économique du pays d’ici 2035. Objectif affiché : une contribution de 45 milliards de dollars au PIB national, soit environ 500 milliards de cedis, grâce à ce secteur.
Cette feuille de route repose sur deux piliers concrets. D’abord, l’infrastructure : 250 millions de dollars seront investis dans un centre de calcul IA de classe mondiale, complétés par 20 millions pour le déploiement à court et moyen terme. Ensuite, le capital humain. L’ambition est clairement énoncée par le chef de l’État : le Ghana ne sera pas un simple consommateur des technologies qui façonnent l’avenir, mais un participant actif à leur conception et à leur déploiement. L’emploi, notamment des jeunes, est placé au cœur du dispositif.
Cette offensive intervient dans un marché du travail sous tension. Près de 68 % des jeunes actifs ghanéens occupent des emplois vulnérables, sans sécurité de revenu ni protection sociale, selon des données officielles de février 2025. Dans le même temps, le gouvernement tente d’élargir l’accès à la formation technique et professionnelle, avec un objectif de 190 000 inscrits en 2026, contre moins de 60 000 en 2019. Si la part des femmes dans ces filières a bondi de 21,5 % à 51,4 %, ces progrès restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.
Le pari est audacieux, mais le point de départ est modeste. Le Ghana occupe actuellement la 72e place mondiale et la 6e en Afrique dans le Global AI Index 2025, derrière l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Rwanda. La volonté politique est désormais affichée. Reste l’exécution. Les autorités assurent vouloir prioriser une approche centrée sur l’humain, favorisant l’inclusion et la création d’emplois plutôt que le remplacement des travailleurs par les machines. Le discours est clair. Les actes, eux, seront jugés dans la durée.
La Kwame Nkrumah University of Science and Technology (KNUST) a joué un rôle central dans la conception de cette stratégie. Le chercheur principal du Laboratoire d’IA responsable, Jerry John Kponyo, a coordonné les travaux avec le gouvernement, des partenaires internationaux et le secteur privé. « Cette stratégie est le fruit de recherches approfondies, de consultations et d’un engagement collectif fort », a‑t‑il souligné. Ce travail académique apporte une crédibilité technique à un projet qui reste néanmoins confronté aux réalités d’un marché du travail fragile et à la concurrence régionale déjà bien engagée.



