Le 25 avril, une série d’attaques coordonnées visant plusieurs villes maliennes a plongé le pays dans une nouvelle phase de violence. Les groupes jihadistes JNIM, affilié à Al Qaïda, et le FLA ont frappé Kidal, Kati, Mopti, Sévaré et Gao. L’Alliance des États du Sahel (AES) a immédiatement dénoncé un « complot monstrueux soutenu par des ennemis de la lutte de libération du Sahel », sans apporter de preuves tangibles.
Dans un communiqué signé par le capitaine Ibrahim Traoré, l’AES affirme que ces actions étaient « planifiées et coordonnées de longue date ». La riposte des forces armées maliennes, qualifiée de « professionnelle, courageuse et déterminée », aurait permis de « mettre en échec le dessein macabre de ces bourreaux de la paix ». Le ton martial du texte ne masque pourtant ni la gravité des faits, ni les failles sécuritaires qu’ils révèlent. L’AES assure que ces attaques n’ébranleront pas « la volonté des vaillants peuples du Sahel à vivre libres », une formule devenue rituelle.
Ces frappes interviennent dans un Sahel déjà dévasté par une décennie de violence jihadiste, malgré les coûteuses opérations antiterroristes et la rupture avec la France. Le retrait de Barkhane et la montée en puissance de l’AES, alliance militaire des juntes malienne, burkinabè et nigérienne, n’ont pas enrayé l’expansion de groupes comme JNIM ou l’État islamique. Depuis la chute de Kidal fin 2023, les forces maliennes peinent à stabiliser les zones reconquises, et les attaques asymétriques se multiplient. Le communiqué de l’AES s’inscrit dans une stratégie rhétorique habituelle : externaliser la menace en désignant des « ennemis extérieurs », sans analyse opérationnelle précise.
Plusieurs conséquences sont à prévoir. La mort du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, tué par un véhicule piégé devant sa résidence, constitue un coup dur pour la hiérarchie militaire et un symbole fort pour les groupes jihadistes. La perception d’un État incapable de protéger ses propres hauts responsables aggrave la crise de confiance. Le deuil national de deux jours décrété par Bamako ne suffira pas à masquer les tensions internes. Les blessures graves du chef d’état major général des armées, général Oumar Diarra, et du patron de l’Agence nationale de sécurité d’État, général Modibo Koné, affaiblissent le commandement au moment le plus critique.
Sur le terrain, les méthodes employées par les assaillants révèlent une montée en puissance tactique. L’usage d’un kamikaze sur la résidence d’un ministre, allié à des frappes simultanées dans cinq villes, témoigne d’une coordination et d’un renseignement offensif que les autorités peinent à contrer. Les médias locaux font état de scènes de panique à Gao et Mopti, avec des renforts arrivés tardivement. L’AES promet des représailles, mais les précédentes annonces de ce type ont rarement empêché les groupes jihadistes de frapper à nouveau.
Il serait naïf de prendre pour argent comptant l’accusation de « complot monstrueux » sans preuve. L’AES utilise ce registre pour détourner l’attention de ses propres lacunes : sous équipement, manque de coopération régionale effective, et gouvernance sécuritaire souvent plus médiatique qu’opérationnelle. En l’absence d’enquête indépendante, cette rhétorique alimente la confusion et dessert la crédibilité de la lutte antiterroriste. Le lecteur informé doit distinguer entre la tragédie humaine, le courage de certains soldats, et les manipulations politiques habituelles.



